Au Cap-Vert, les dérives d’une secte religieuse

"Le plan du maître", un documentaire à découvrir ce samedi soir sur La Trois, à 22h50.

Caroline Gourdin
Au Cap-Vert, les dérives d’une secte religieuse

Le film singulier que propose La Trois ce samedi est l’œuvre d’un réalisateur cap-verdien, Carlos Yuri Ceuninck. Il a décidé de mener l’enquête sur une petite congrégation religieuse adventiste qui a fait beaucoup parler d’elle suite aux confessions publiques d’une poignée de ses membres.

Ces adeptes du CRASDT, l’Église des Adventistes du Septième Jour des Tentes croient en un prophète de Dieu autoproclamé et suivent ses ordres à la lettre, selon sa propre interprétation de la Bible. En tête de liste de ces commandements, figure la confession des péchés pour obtenir la rédemption. Ces membres ont donc été conduits à avouer publiquement, sur les réseaux sociaux notamment, avoir commis les actes les plus répréhensibles : orgies, tentatives de viols sur mineurs, assassinats, usage de stupéfiants, violence conjugale, actes de cruauté, etc.

Ces documents rédigés à la première personne ont profondément choqué les habitants de l’archipel, d’autant qu’ils émanaient de personnes instruites, particulièrement respectées dans la société cap-verdienne : des juges, des médecins, des économistes…

Le gourou fait sa pub ?

Coproduit par la RTBF, Clin d'œil Films et Kori Kaxoru Films, Le Plan du maître explore les conséquences de ces événements sur une société a priori paisible, l'archipel du Cap-Vert étant souvent cité comme exemple de réussite démocratique et de stabilité politique en Afrique de l'Ouest.

Le réalisateur se place en observateur, en réceptacle de ces confessions exaltées et souvent sordides (sur l’agression répétée d’une femme par exemple), face caméra ou en direct, au cours de rencontres avec les habitants. Des aveux dont on comprend à demi-mot qu’il s’agit de purs mensonges destinés à accroître la gloire du leader spirituel, qui se place ainsi en sauveur venu délivrer ses disciples des démons qui les habitent.

Une vaste entreprise de communication, en somme, relayée par les médias lorsque l’affaire a suscité la polémique et conduit la police judiciaire à enquêter sur la congrégation. Ce que viennent confirmer d’anciens membres de la secte religieuse (dont l’ex-femme du gourou, Ignacio Cunha, Hélène), qui décrivent la manipulation, l’isolement, l’enfermement dans les préceptes, la maltraitance, etc.

Outre une forme très aride pour encadrer des propos assez crus, on pourra regretter un manque de mise en perspective sociale et politique pour un public non averti. Au fil des séquences, Carlos Yuri Ceuninck parvient néanmoins à rendre palpable l’atmosphère suffocante qui règne dans cette congrégation. Tout en détricotant, fil à fil, la mécanique sectaire, il traduit en images la dérive de ces esprits cadenassés, prisonniers d’une pensée totalitaire.