La série de la semaine: "Schitt’s Creek", des millionnaires chez les "rednecks"

A découvrir sur Auvio.

SCHITT'S CREEK - Saison 1 - Episode 13

"On m'a ruinée. John, on m'enlève chaque petit plaisir que j'ai mérité", hurle Moira au moment où l'Etat lui prend tout. Des petits plaisirs, la matriarche de la très fortunée famille Rose, a pu s'en offrir de nombreux au cours de son existence, jusqu'à ce que le gestionnaire de fortune parte se dorer la pilule aux Caïmans et les laisse sans argent. Au revoir le palace et ses escaliers en marbre blanc, les bijoux, les œufs à la florentine et les sacs de grandes marques. Miracle : il leur reste une ville achetée en 1991 par le père pour l'anniversaire de son fils. Problème : c'était une blague.

Schitt’s Creek est une bourgade paumée au fin fond de l’Amérique et la famille Rose débarque dans un motel miteux. La plomberie fuit, les chambres sentent "le sac de sport" et les matelas sont infestés par les punaises de lit. Un cauchemar et un décalage, dont on ne peut que se délecter.

Une écriture fine

D’un côté, il y a donc les quatre membres du clan Rose. Les parents (Moira et Johnny) et les enfants (David et Alexis) sont vénaux, hypocrites, égoïstes, snobs, insolents, superficiels, et, sans surprise, extrêmement seuls. De l’autre, les habitants de Schitt’s Creek sont des archétypes de l’Amérique profonde. Des "rednecks" (pas tous heureusement) qui portent des chemises de bûcheron, roulent en pick-up, vont à la chasse le dimanche, mangent des "ribs", des "cheese balls", et descendent des litres de bières au tuyau.

Eugene Levy (père de Jim dans la série de films American Pie) et son fils Dan ont appuyé volontairement sur les clichés (milieux aisés/populaires, citadins/ruraux) pour proposer cette excellente série canadienne, barrée, grossière mais pas vulgaire, grâce à une écriture fine et bourrée de références. La répartie du fils et ses mimiques font quasi toujours mouche.

Casting cinq étoiles

Les quatre acteurs principaux sont excellents. À commencer par Catherine O'Hara, impeccable dans le rôle de Moira, actrice sur le déclin, ex-star d'un mauvais soap. Chez les "autochtones", Chris Elliott, maire "weird" de Schitt's Creek, excelle dans un rôle de psychopathe, comme il l'avait déjà fait dans le film Mary à tout prix.

On ne peut donc que vous conseiller cette fiction pour égayer un début d’hiver morose. Les jurés des Emmy Awards et des Golden Globes ne s’y sont pas trompés en lui décernant le titre de meilleure série comique respectivement en 2020 et 2021. Les trois premières saisons sont disponibles, les trois dernières vont suivre.