En podcast, l’histoire de Melody Nelson

"Looking for Melody", un podcast à découvrir sur www.franceculture.fr ou sur l'appli Radio France.

En podcast, l’histoire de Melody Nelson
©AFP

À l'été 2020, la journaliste Anne Lamotte partait sur la piste, au Texas, de Kermit Oliver, ce peintre américain descendant d'esclaves, ce postier devenu le premier artiste noir à exposer dans une grande galerie de Houston, et premier Américain à dessiner le carré Hermès. Son captivant podcast, Looking for Kermit, road-movie sonore nous plongeant dans l'Amérique profonde d'hier et d'aujourd'hui, est toujours en écoute sur le site de France Culture ou l'appli Radio France.

Cet hiver, Anne Lamotte récidive. Et propose, plus près de chez nous, une nouvelle quête originale, à mi-chemin de la musique et de la littérature, flirtant aussi avec le cinéma ou la peinture. Looking for Melody, ficelé par le réalisateur Jean-François Braun et sur une bande sonore originale de Léo Poumey, est un de ces podcasts qui font plus que raconter une histoire, qui vous embarquent dans un univers. Et celui de Serge Gainsbourg, de sa poésie, de ses inspirations, de ses obsessions, n'est pas le moins singulier.

Au pilon

Au fil de ces quatre épisodes d’une quinzaine de minutes (plus un prologue), notre enquêtrice remonte la piste d’une œuvre qui a quasiment disparu des radars de l’édition. Un petit recueil à peine relié, non numéroté, signé Serge Gainsbourg en 1971, qui reprend les textes de son album éponyme, "Histoire de Melody Nelson". Si l’album sera par la suite considéré comme "un des premiers poèmes symphoniques de l’âge pop", le livre, à l’époque, n’intéresse personne, ou presque.

Si ce n'est son éditeur, Eric Losfeld, dont la petite maison d'édition Le Terrain vague, se situe au 14/16 de la rue de Verneuil, à Paris, quasi en face du 5 bis, adresse de l'hôtel particulier de Serge Gainsbourg au cœur de Saint-Germain-des-Prés. Et c'est précisément au 14/16 de la rue de Verneuil que démarre Looking for Melody, sur les pas de ce petit recueil devenu un mystère, dont de rares exemplaires échappèrent au pilon, demeurés de longues années dans l'entrepôt de Losfeld, voisinant les exemplaires de Barbarella ou d'Emmanuelle.

Voilà une déambulation désenchantée au pays de Gainsbourg, en compagnie de la fille d'Eric Losfeld, Joëlle, de Jane Birkin, de l'arrangeur de l'album "Melody Nelson", Jean-Claude Vannier, du soldeur des puces de Saint-Ouen qui envoya 10 000 exemplaires à la broyeuse, ou de Chloé Thibaud, auteure d'En relisant Gainsbourg, qui met en valeur la poésie des mots de Serge Gainsbourg. Sans oublier l'intéressé, et cette voix unique, repêchée dans de multiples archives. Celui-là même dont le père dit un jour : "Je pense que poète est un qualificatif trop conventionnel. J'aimerais qu'on invente un nouveau mot pour lui."

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