Virginie Nguyen Hoang, journaliste belge de retour d'Ukraine

La Belge Virginie Nguyen Hoang, auteure d’un carnet de route que La Libre vient de publier dans ses pages, est de retour de reportage dans l’Ukraine en guerre.

Virginie Nguyen Hoang, journaliste belge de retour d'Ukraine

De Véronique de Viguerie à Patrick Chauvel, de grands photoreporters de guerre sont partis sur les routes d'Ukraine, depuis ce funeste 24 février, pour témoigner des ravages de la guerre lancée par la Russie. Parmi les nombreux journalistes sur place, la jeune belge Virginie Nguyen Hoang. Quand la guerre a éclaté, elle ne s'est pas longtemps posé la question de savoir si elle allait partir ou pas, elle connaissait le Donbass pour y avoir coréalisé un documentaire, War is a Bitch, dans les tranchées ukrainiennes en 2015 et voulait retrouver le terrain. Elle en a ramené un carnet de route que La Libre vient de publier dans ses pages.

Rien ne prédisposait la Bruxelloise, de mère belge et de père vietnamien, à devenir reporter de guerre et, à 35 ans, l’une des photojournalistes qui comptent le plus en Belgique. Passionnée de foot, gardienne de but, elle se projetait davantage dans le journalisme sportif. Mais, après des études à l’Ihecs complétées par une formation en photojournalisme à la Danish School of Media and Journalism, elle est partie en stage en Égypte et s’est retrouvée au cœur du printemps arabe qui embrasait Le Caire - elle sera d’ailleurs blessée au visage lors d’une manifestation. La jeune femme, membre du studio de production Hans Lucas depuis 2011, s’est alors installée dans la capitale égyptienne, où elle travaillera pendant deux ans.

La guerre, elle en fera l'expérience pour la première fois en Syrie. L'actualité la mènera aussi en Irak, en Libye, en Afghanistan ou encore à Gaza. Après y avoir couvert l'opération de l'armée israélienne contre le Hamas en 2014, elle a décidé d'y retourner plusieurs fois pour suivre, dans leur intimité, la reconstruction de familles qui avaient perdu leurs proches ou leur maison. Là, elle s'est inscrite dans le temps long, pour mieux révéler l'impact des conflits sur la vie quotidienne des habitants, raconter leur histoire, illustrer leur résilience. Son reportage, Gaza. The Aftermath, a été primé notamment par le prix de l'Association nationale des iconographes - PixTrakk à l'occasion du festival du photojournalisme Visa pour l'Image.

Mais, à travers son travail, la photojournaliste entend montrer aussi qu'elle n'est pas qu'une reporter de guerre. Cofondatrice du Collectif Huma, elle a travaillé sur le projet "Je suis humain", éclairage sur les réfugiés qui s'intègrent en Belgique à travers leur art ou leur passion, et sur le projet "What the foot ? !", un tour du monde du football comme vecteur d'émancipation des femmes. Ses photos ont été publiées dans de nombreux journaux, du Monde au New York Times en passant par Le Temps, La Libre Belgique et bien d'autres.

Le double intérêt qu'elle porte pour les victimes de la guerre et les publics fragilisés ou sous-exposés lui a valu de remporter en 2019 le prix de la citoyenneté de la Fondation P&V. Comme elle le déclarait à cette occasion, "vouloir changer les choses avec mes reportages - ce qui serait vraiment formidable - est probablement trop ambitieux. Mais si je parvenais à amener les gens à réfléchir, je serais déjà satisfaite". C'est ce qui l'a amenée en Malaisie, en 2020, pour explorer l'impact environnemental et humain de la culture des palmiers à huile et nous interroger sur notre propre consommation.

Dans moins d’un mois, elle reprendra la route de l’Ukraine, avec dans l’idée de retrouver et suivre les familles qu’elle a rencontrées dans ce pays qui n’a en fait cessé de combattre les Russes et leurs affidés depuis le jour où elle y a mis pour la première fois les pieds.