"Clark", biopic sur le Belgo-Suédois à l’origine du syndrome de Stockholm

Jonas Åkerlund s’intéresse au criminel le plus célèbre de Suède. Sur Netflix.

"Clark", biopic sur le Belgo-Suédois à l’origine du syndrome de Stockholm

"Basé sur des faits réels et des mensonges." Le réalisateur de la série Clark , biopic sur l'un des gangsters les plus célèbres de Suède, annonce, d'emblée, la couleur. Jonas Åkerlund (Polar avec Mads Mikkelsen) s'est certes inspiré du récit de Clark Olofsson (Bill Skarsgård) pour écrire sa série, comme Jean-François Richet et Mesrine : L'instinct de mort. Le Suédois a, néanmoins, pris des largesses avec une vie dont les faits n'avaient pas vraiment besoin d'être gonflés.

Arnaques, crimes et botanique

L’une des premières scènes de cette mini-série de six épisodes illustre ce parti pris. En 1965, Clark et sa bande ont eu l’idée lumineuse d’entrer par effraction dans une magnifique demeure. En l’occurrence, le manoir d’Harpsund, la résidence d’été du Premier ministre suédois. Åkerlund imagine un face-à-face entre le jeune Clark et le chef d’État Tage Erlander armé d’un fusil. En réalité, les délinquants en herbe s’étaient seulement fait pincer par le jardinier à voler des raisins et des fruits dans le potager.

Ce n'était pas le premier coup de Clark Olofsson, prénommé ainsi par sa mère en référence à l'acteur Clark Gable. Dès son enfance à la "merditude des choses" , le Suédois a volé des vélos, des gâteaux, monté des combines et s'est, très vite, intéressé aux femmes. L'argent, la fête et le sexe vont rythmer l'existence de cet homme qui n'a jamais occupé un vrai job.

Pour se financer, il a, par contre, utilisé deux de ses qualités : la débrouille et son imagination. Faire démarrer des voitures sans les clefs, remplir des oranges de haschisch à Beyrouth, braquer des banques (même une fois sans être armé…). Son "mythe" s’est forgé, aussi, en raison de ses innombrables évasions.

Clark Olofsson est, surtout, resté célèbre en Suède pour le braquage de Norrmalmstorg (Stockholm). Le 23 août 1973, Jan-Erik Olsson est entré dans une banque et a pris en otage quatre personnes. En plein casse, il a appelé le ministre de la Justice suédois Lennart Geijer pour que son ancien compagnon de prison, Clark Olofsson, le rejoigne sur place. Lors de cette prise d’otages, les victimes ont pris fait et cause pour leurs agresseurs. Syndrome, désormais, connu comme le syndrome de Stockholm.

Une réalisation folle

Pour dépeindre le destin de ce personnage hors du commun, Jonas Åkerlund, connu pour ses clips musicaux (Madonna, Rammstein, Queens of the Stone Age, The Prodigy, Metallica, The Rolling Stones…), s’est lâché.

Dans l'écriture, d'abord, en croquant des personnages fantasques dans des scènes hyperburlesques (parfois trop) et en utilisant de l'argot suédois. Dans sa réalisation, ensuite, en alternant les images sépia et colorées en fonction de la période, en élargissant ou en réduisant le cadre de son image à la Xavier Dolan dans Mommy, ou encore en saupoudrant les épisodes d'archives documentaires, de dessins animés, de jeux vidéos à la David F. Sandberg dans Kung Fury. Il a, surtout, opté pour un montage à fond la caisse (à la Jean-Pierre Jeunet, mais sans l'onirisme et la poésie), dont la célérité peut causer des migraines.

Le clippeur-star réussit à dresser un portrait nuancé de ce criminel célèbre. Parfois, Clark Olofsson apparaît comme un personnage fascinant, intelligent (il lisait beaucoup, a été diplômé en journalisme avec mention) et attachant. Très charismatique, Bill Skarsgård est excellent pour nous aider à comprendre son charme.

Un manipulateur narcissique

La mini-série, et surtout le dernier épisode, montre, à l’opposé, le côté sombre d’un homme élevé par un père abusif. Le truand suédois est, alors, dépeint comme un manipulateur, narcissique et psychopathe. Capable de mettre des coups de couteau à un badaud pour une simple réflexion, de jouer avec le feu (en allant déjeuner juste à côté d’un commissariat de police en pleine cavale), de décevoir continuellement ses proches et notamment son ex-épouse belge.

Le Suédois a, ainsi, vécu à Wellen dans le Limbourg pendant des années, est devenu belge en 1991, a changé de nom avant de replonger à 61 ans pour trafic de drogues en 2008. Depuis quatre ans, il a recouvré la liberté après voir passé une large partie de sa vie d'adulte derrière les barreaux, en ayant respecté la promesse qu'il s'était faite à lui-même. "Si je ne pouvais pas être le meilleur à être le meilleur, j'allais être le meilleur à être le plus mauvais."