Contrat de gestion de la RTBF: Jean-Paul Philippot défend le maintien d'une information écrite gratuite sur le site de la RTBF

L'administrateur général de la RTBF a défendu mardi le maintien à l'avenir d'informations écrites gratuites sur le site web de la radio-télévision publique, malgré les critiques des éditeurs de presse écrite qui y voient une concurrence déloyale envers leurs sites d'information payants.

Belga
Contrat de gestion de la RTBF: Jean-Paul Philippot défend le maintien d'une information écrite gratuite sur le site de la RTBF
©BELGA

"Les collaborations avec la presse écrite ne passeront pas par des interdictions", a estimé Jean-Paul Philippot, à nouveau entendu mardi par le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles qui planche actuellement sur le futur contrat de gestion de la RTBF pour la période 2023-2027.

"Nous n'augmenterons pas les abonnements (des éditeurs de presse) en réduisant l'accès gratuit à l'information. Comme dans d'autres domaines, c'est en donnant goût à l'information, à la curiosité, en excitant l'ouverture au monde, en faisant appel à cette notion de besoin que l'on créera l'envie d'aller plus loin", a fait valoir le patron de la cité Reyers.

Devant les députés, M. Philippot a rappelé que ce litige avait déjà été tranché il y a plusieurs années par les tribunaux belges, et fait l'objet de recommandations de la Commission européenne qui ont été intégrées dans le précédent contrat de gestion.

Il a par ailleurs dénoncé "le narratif" créé, selon lui, par les éditeurs pour faire croire que la publication gratuite d'infos écrites sur le site de la RTBF mettrait à mal leur viabilité économique.

Aucune étude en Europe ou aux Etats-Unis n'a jamais établi une quelconque corrélation entre la présence de médias publics en ligne et une réduction de l'activité des médias de presse, a ajouté l'administrateur général de la RTBF, selon qui les éditeurs de presse francophones sont d'ailleurs aujourd'hui plus rentables qu'il y a cinq ans.

"Est-ce que cela veut dire pour autant qu'on ne doit rien faire? Non. On doit augmenter le caractère audiovisuel de nos sites, et limiter la reproduction des dépêches d'agences qui sont par ailleurs visibles partout. Ce n'est pas notre priorité", a-t-il concédé.

Le Parlement de la FWB a bouclé mardi plusieurs semaines d'auditions de différents professionnels et d'experts du secteur des médias en vue d'élaborer ses recommandations pour le prochain contrat de gestion de la radio-télévision publique.

Les députés avaient ouvert les festivités avec M. Philippot en avril dernier. Ils l'ont réentendu mardi matin en clôture de leurs travaux pour le faire réagir aux remarques et critiques formulées tout au long de la vingtaine d'auditions au total.

L'administrateur général de la RTBF s'est d'ailleurs dit désireux d'entamer le dialogue avec ces intervenants. "Il n'y a pas de place pour la confrontation". Nous faisons partie d'un ensemble", a-t-il reconnu.

M. Philippot s'est ainsi dit ouvert à un renforcement des quotas de diffusion d'oeuvres et d'artistes de chez nous. "On ne revendique pas l'absence de quotas. Nous ne revendiquons pas non plus le statu quo", a-t-il assuré devant les députés, tout en demandant à ce que l'on veille bien à la praticabilité du mécanisme.

Quant à la place de la publicité à la RTBF, notamment sur sa plateforme numérique Auvio, M. Philippot a mis en garde contre la volonté affichée par certains de réduire celle-ci.

"Si nous voulons avoir une plateforme avec du contenu gratuit comme on l'a en radio et en télévision, nous devons admettre, tolérer, supporter, organiser la présence de la communication commerciale sur ces plateformes. On ne se saura pas, avec les moyens qui sont les nôtres, concilier absence de pub, absence de communications commerciales sur les plateformes avec les ambitions éditoriales qui sont les nôtres", a-t-il averti.

Enfin, en écho aux appels de certains à ce que la RTBF se dote pour sa plateforme d'un véritable algorithme de recommandation "de service public", le patron de la cité Reyers a eu ces mots: "notre algorithme ne sera pas celui de Netflix. Il fera la part belle à la découverte et à l'inattendu".

Forts de ces auditions, les députés vont à présent s'employer à rédiger leurs recommandations pour le prochain contrat de gestion de la RTBF.

Comme de coutume, reste à voir si les différents partis arriveront à s'accorder sur des propositions communes, condition sine qua non pour peser quelque peu sur le débat.

Ceux-ci se sont donnés quinze jours pour accorder leurs violons, soit d'ici la prochaine séance de la commission Médias prévue début juillet. Le vote final des recommandations est lui attendu pour la plénière du 20 juillet, juste avant la trêve estivale.