"Pistol" : le vrai, le faux de la série de Danny Boyle sur Disney+

Disney + entame ce 6 juillet la diffusion de la mini-série Pisto l de Danny Boyle. En six épisodes, le réalisateur oscarisé de Trainspotting retrace l’histoire agitée des Sex Pistols , groupe phare du punk britannique .

"Pistol" : le vrai, le faux de la série de Danny Boyle sur Disney+
©FX / Disney+

"Grande escroquerie de l'histoire du rock" selon le titre ironique du film de Julien Temple ( The Great Rock 'n' Roll Swindle , 1980) ou "boys band du punk" pour les autres : la série ne tranche pas, même si elle détaille la relation difficile d'un groupe formé (et manipulé selon cette version) par leur manager Malcolm McLaren (interprété avec la verve requise par Thomas Brodie-Sangster, l'ex-gamin romantique de Love Actually )

Si le titre de la série se réduit à Pistol , au singulier, c'est parce que le scénario s'inspire de Lonely Boy : Tales from a Sex Pistol , l'autobiographie de Steve Jones, membre fondateur.

Le chanteur Johnny Rotten, alias John Lydon, a critiqué cette adaptation comme "un fantasme de petit-bourgeois… un conte de fées avec peu de liens avec les faits". On peut partager ses réserves. Pistol livre une vision un brin policée. Sur la forme : punk is dead

Lydon n’apprécie sans doute pas son incarnation par Anson Boon, qui compose un quasi-échappé d’asile là où Lydon était un farfadet malicieux.

Sid Vicious (Louis Partridge) et Johnny Rotten (Anson Boon) : trop "filth and fury" pour être honnêtes.
Sid Vicious (Louis Partridge) et Johnny Rotten (Anson Boon) : trop "filth and fury" pour être honnêtes. ©FX / Disney+

Lydon a tenté de s’opposer à l’utilisation de la musique du groupe. Un tribunal a tranché en faveur de Boyle, dès lors que Jones, le batteur Paul Cook (Jacob Slater) et les ayants droit de Sid Vicious (Louis Partridge) donnaient leur accord.

Danny Boyle – qui avait 20 ans en 1977 – a répliqué dans le Guardian ,avec flegme : "J'adore Lydon. Je ne veux pas qu'il aime la série : je veux qu'il l'attaque. […] Pourquoi changer les bonnes habitudes ?"

Dans ce type d'adaptation, le vrai et le faux se confondent sous la licence artistique. Analyse (avec spoilers)

Les débuts

Le premier épisode débute au moment où Steve Jones (Toby Wallace) change le nom de son premier groupe, The Strand en The Swankers. Il est alors composé de Paul Cook, Glen Matlock et Wally Nightingale (la série évacue trois autres membres initiaux). Dans les faits, Matlock est arrivé plus tard. La rencontre du groupe avec le couple Vivienne Westwood-Malcolm McLaren (Talulah Riley et Thomas Brodie-Sangster) fut plus longue.

Malcolm McLaren (Thomas Brodie-Sangster) et Vivienne Westwood (Talulah Riley)
Malcolm McLaren (Thomas Brodie-Sangster) et Vivienne Westwood (Talulah Riley), un couple créatif. ©FX / Disney+

La boutique Sex

La boutique de Westwood et McLaren a eu plusieurs noms avant de devenir Sex en 1975. Ils ont accompagné les modes successives – rockeurs, Teddy Boys, hippies – avant de s'imposer avec la scène punk. La part d'inspiration, d'avant-gardisme, d'opportunisme du couple reste sujette à débat. Comme on le voit dans la série, le vol y était fréquent. Le couple gérait cela en proposant aux aspirants musiciens de leur prêter les vêtements le temps d'un concert pour en faire la pub. La série omet une anecdote révélatrice : dans les écoles d'art, McLaren escroquait des bourses en s'inscrivant sous différents noms. Pour un récit détaillé du parcours de McLaren, on lira la BD Malcolm McLaren : l'art du désastre (Futuropolis).

Steve Jones (Toby Wallace), punk et repris de justice.
Steve Jones (Toby Wallace), punk et repris de justice. ©FX / Disney+

Steve Jones repris de justice

Si on en croit son autobiographie, Steve Jones a été abusé par son beau-père. Il aurait aussi volé du matériel à la fin du dernier concert de la tournée Ziggy Stardust de David Bowie. Dans la série, il se fait arrêter en récidivant. Jones lui-même ne se souvient plus des circonstances de cette arrestation. McLaren a bien obtenu sa libération, mais pas de manière aussi spectaculaire qu'on le voit dans Pistol . L'anecdote explique la fidélité de Jones à son peu scrupuleux manager.

L’éviction de Matlock

Glen Matlock (Christian Lees), le premier bassiste des Pistols, évincé à l'aube du succès, au profit de Sid Vicious, a une version différente des faits reproduits dans la série. Ce n'est pas Steve Jones qui l'a viré (et encore moins dans les toilettes d'un pub). Dans son autobiographie I Was A Teenage Sex Pistol , il affirme avoir anticipé la décision, lassé de l'ego explosif de Johnny Rotten et après avoir eu vent de répétition des Pistols avec Sid Vicious. Il aurait eu une explication avec McLaren. Il a formé ensuite les Rick Kids.

Glen Matlock (Christian Lees), l'évincé.
Glen Matlock (Christian Lees), l'évincé. ©FX / Disney+

La romance

Chrissie Hynde, future chanteuse de Pretenders, occupe un rôle prépondérant – au bénéfice de son interprète Sydney Chandler. D'origine américaine, Hynde a travaillé pour West-wood en cherchant à percer sur la scène musicale. Hynde et Jones ont été amants. Mais leur romance est exagérée. La tentative de mariage blanc de Hynde avec un des Pistols afin de prolonger son séjour est authentique, mais résumée (selon le livre de Hynde, Reckless : My Life as a Pretender).

Avant Sid et Nancy, il y a eu Chrissie la Pretender (Sydney Chandler) et Steve. Mais la série romance un peu.
Avant Sid et Nancy, il y a eu Chrissie la Pretender (Sydney Chandler) et Steve. Mais la série romance un peu. ©FX / Disney+

Les groupies

Autour des Pistols et de Westwood gravite la faune du Bromley Contingent. Inspirés au départ du glam rock et de Bowie, ses membres peaufinent le look punk. On reconnaît dans Pistol les célèbres Sue Catwoman, Siouxsie Sioux et Steven Severin (qui créeront le groupe Siouxsie and the Banshees) ou le futur Billy Idol. Pam "Jordan" Rooke, employée de Westwood, se serait vraiment rendue en train, à Londres, nue sous un imper transparent. Maisie Williams, l'Arya Stark de Game of Thrones , en profite pour casser son image.

Pam "Jordan" Rooke (Maisie Williams), une authentique égérie du punk.
Pam "Jordan" Rooke (Maisie Williams), une authentique égérie du punk. ©FX / Disney+

Le Bill Grundy Show

L'épisode du Bill Grundy Show en décembre 1976, quand les Pistols jurent en direct est authentique et a bien provoqué une tempête médiatique. Le présentateur a réellement eu des propos déplacés à l'égard de Siouxsie Sioux. Ce que Pistol ne rapporte pas, c'est que la troupe informelle du Bromley Contingent décide de tourner la page après, considérant que les médias caricaturent la scène punk.

L’influence de “Bodies”

Hormis dans le prélude du premier épisode (inspiré du documentaire L'Obscénité et la Fureur de Julien Temple, 2000), Pistol survole le contexte social de l'époque. Le glaçant troisième épisode, Bodies , fait exception avec le récit du parcours tragique de Pauline, la femme qui aurait inspiré à John Lydon le titre "Bodies". Selon la biographie du chanteur, les faits sont fidèles – y compris la visite de Pauline chez lui. S'il ne faut voir qu'un épisode…

Sid et Nancy

Impossible d'évoquer les Sex Pistols sans détailler la relation entre Sid Vicious (Louis Partridge) et la groupie américaine Nancy Spungen (Emma Appleton). Alex Cox en a fait un film ( Sid et Nancy , 1986).Spungen est le rôle de la tentatrice qui provoque la chute de Sid. Son entrée en scène dans la série diffère de la réalité. C'est John Lydon qui l'a présentée à son ami en 1977. Dans sa biographie Anger is an Energy : My Life Uncensored , Lydon assure qu'il pensait que ce serait "un coup d'un soir" . Malcolm McLaren a bien ourdi un plan pour éloigner Spungen (comme le rapporte Jon Savage dans England's Dreaming ). Mais ce ne sont pas Jones, Hynde et Cook qui l'ont exécuté et il a tourné court. La fin du couple est conforme à ce que l'on sait.

Nancy Spungen (Emma Appleton), la bad girl de l'histoire.
Nancy Spungen (Emma Appleton), la bad girl de l'histoire. ©FX / Disney+

Le concert de Noël

Le 25 décembre 1977, à Huddersfield, le groupe a donné ce qui sera son dernier concert au Royaume-Uni, en faveur des enfants de pompiers grévistes. Les Pistols ont joué le jeu avec un esprit bon enfant (autocensurant leurs paroles). Le concert s'est vraiment terminé en bagarre de tartes à la crème.