"Black Bird", vous ne décrocherez pas de la série réalisée par Michaël R. Roskam

La série a été portée et développée par un maître du roman noir : Dennis Lehane. À voir sur Apple TV.

"Black Bird", vous ne décrocherez pas de la série réalisée par Michaël R. Roskam

Un homme condamné à dix ans de prison pour trafic de drogues et possession d'armes, se voit proposer un deal. S'il obtient les aveux d'un tueur en série suspecté d'avoir caché près d'une vingtaine de corps, il est libre. L'histoire du livre Avec le Diable (Sonatine) est réelle. Son auteur James "Jimmy" Keen, fils de flic charismatique, a bel et bien accepté de collaborer dans les années 1990 avec le FBI et d'être transféré dans une autre prison. Sa mission : faire ami-ami avec Larry Hall et obtenir ses confessions.

Un true crime si fascinant que Brad Pitt, via sa maison de production (Plan B), s'est jeté sur les droits en vue de l'adapter au cinéma. L'acteur principal de Fight Club a été devancé. Avant son arrivée toujours incertaine sur les grands écrans, ce récit a donc été adapté en série pour le streaming. Black Bird atterrit tout l'été sur la plateforme Apple TV et c'est un maître du roman noir américain qui a choisi de s'en emparer : Dennis Lehane.

Le retour du duo Lehane-Roskam

Ce dernier avait déjà vu plusieurs de ses ouvrages adaptés au cinéma avec succès (Mystic River par Clint Eastwood , Gone Baby Gone par Ben Affleck, Shutter Island par Martin Scorsese …). En parallèle, il s'était essayé à l'écriture de scénarios signant des épisodes de Boardwalk Empire et The Wire. En 2014, il a, surtout, travaillé main dans la main avec Michaël R. Roskam ( oscarisé pour Rundskop) pour Quand vient la nuit , d'après son roman éponyme et sa nouvelle Sauve qui peut. C'est donc naturellement vers le réalisateur belge que le néo-showrunner s'est tourné pour réaliser trois des six épisodes (les autres sont signés par Jim McKay et Joe Chappelle) d'un thriller taillé pour lui. Une série qui sent bon les burgers dans les diners, les mobile-homes glauques, les accents à couper au couteau et les chemises à carreaux.

Dans Black Bird, on retrouve, en effet, la patte du natif de Saint-Trond. Roskam balade sa caméra avec la même aisance dans les fermes et les garages du Limbourg (Rundskop), dans un bar-dépôt louche de Brooklyn (Quand vient la nuit), ou, ici, en prison ou dans les champs de maïs poisseux de Louisiane. Les plans sont léchés, les atrocités suggérées, l'usage des scènes d'action minimal (mais réussie comme l'interpellation de "Jimmy" Keene dans sa cuisine). Le talent de Michaël R. Roskam se cache dans les détails. C'est le cas lorsqu'un policier répare la fenêtre de son bureau alors qu'il essaie de démêler les nœuds de l'enquête.

Sans surprise, l'écriture de cette série est impeccable, oscillant entre des pauses et des moments de tension. Par des flash-back, de multiples arcs dont l'enquête, des effets sonores (le cri des vautours, la musique de Mogwai), Lehane parvient à maintenir la tension durant six heures. Une tension narrative qui connaît son apogée lors des scènes où "Jimmy" et Larry se confient en prison. Ces deux personnages - a priori si faciles à lire - se révèlent de plus en plus complexes et nuancés au fil des épisodes et du dévoilement progressif de leur passé .

Paul Walter Hauser bluffant

Au départ, on n'imaginait pourtant pas Taron Egerton (connu pour avoir incarné Elton John dans Rocketman) capable de nous toucher en interprétant l'arrogant "Jimmy". Ça fonctionne, notamment, par rapport à la relation qu'il entretient avec son père (feu Ray Liotta dont c'est l'un des derniers rôles à l'écran). Que dire de la performance de Paul Walter Hauser (Moi, Tonya, Le Cas Richard Jewell…) qui campe Larry Hall ? Par ses tics, sa voix nasillarde, ses regards, Paul Walter Hauser est bluffant et méconnaissable dans cette série explorant la psychologie d'un tueur en série, rappelant Mindhunter, produite par David Fincher . Les deux premiers épisodes de Black Bird sont déjà en ligne. Un épisode sera dévoilé chaque vendredi jusqu'au 5 août.