"L'impératrice": Quand Netflix dépoussière le mythe "Sissi"

Cette mini-série allemande est moins kitsch et romantique que la trilogie d’Ernst Marischka.

C'est un pari osé que de vouloir s'attaquer à un personnage aussi mythique et ancré dans les mémoires que Sissi. Près de septante ans après la trilogie d'Ernst Marischka, Netflix franchit le pas à son tour en ajoutant L'Impératrice, une mini-série de six épisodes à son catalogue.
Une entreprise de modernisation déjà réalisée en décembre dernier par la série Sissi produite par Story House Pictures et diffusée par TF1. Cette fiction réalisée par Sven Bohse (Berlin 56 et Berlin 59), sur base du scénario écrit par le showrunner Andreas Gutzeit, bénéficiait du tempérament de feu de la jeune Dominique Devenport, comédienne suisso-américaine venue du théâtre face à l'acteur allemand Jannik Schümann.

Ce ne sont pas des Autrichiens mais bien des Allemands qui se sont attelés à (re)raconter l’histoire d’Élisabeth de Wittelsbach. Pour rappel, impératrice d’Autriche entre 1854 et 1898. La showrunneuse Katharina Eyssen a d’ailleurs tourné cette fiction en Allemagne et non pas au château de Schönbrunn à Vienne ou à la Kaiservilla de Bad Ischl.

Malgré notre crainte initiale, cela ne l’a pas empêchée de recréer le faste de la cour des Habsbourg. Les décors, les paysages, les robes et les costumes sont magnifiques et magnifiés par le travail léché des deux réalisateurs : Katrin Gebbe et Florian Cossen.

Une "Sissi" plus irrévérencieuse

En racontant une partie de la vie de Sissi, sans kitsch, et moins de romantisme, Katharina Eyssen parvient à dépoussiérer le mythe. Romy Schneider est "remplacée" par une jeune actrice, elle aussi brune aux yeux bleus. Née d’un père turc et d’une mère allemande, Devrim Lingnau campe à merveille ce personnage historique fascinant, avide de liberté, corseté, au propre comme au figuré, dans un univers ultra-étouffant, bridée par sa belle-mère et des règles absurdes à respecter. Sissi 2022 est moins naïve, plus rebelle, irrévérencieuse, que sa prédécesseur : elle lit, écrit des poèmes, fait la fête, boit trop et se brouille, aussi, avec ses parents (dépeints de manière beaucoup plus négative) et son mari (Philip Froissant). François-Joseph Ier est un homme absent, sous pression, car aux abois politiquement.

La série creuse davantage le contexte historique de l'époque. L'Empereur doit affronter les trahisons (notamment les coups bas de son frère cadet Maximilien 1er), les rébellions à l'intérieur de l'Empire et les tensions avec la Russie. Tout n'est pas parfait (l'écriture est très chronologique, la série contient certains dialogues un peu creux, une chorégraphie de danse à côté de la plaque et un combat de sabre triste…), mais L'Impératrice devrait contenter les fans de fictions historiques avant la sortie de la nouvelle saison de The Crown. Netflix a récemment annoncé que la cinquième salve sortirait le 9 novembre.

L'Impératrice Fiction historique - Création Katharina Eyssen - Réalisation Katrin Gebbe, Florian Cossen - Avec Devrim Lingnau, Philip Froissant Sur Netflix Le 29 septembre (6 x 55').

"L'impératrice": Quand Netflix dépoussière le mythe "Sissi"
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