La tragédie du Heysel pour la première fois en série télévisée

RTL TVI coproduit et diffuse la série documentaire "La tragédie du Heysel", à partir du mardi 18 octobre. Une première étape dans son projet de coproduction à ancrage local.

Fabio Schoeffel
La tragédie du Heysel pour la première fois en série télévisée
©BELGA

Plus de 37 ans après le drame de la finale de la Coupe des Clubs Champions entre la Juventus Turin et Liverpool ayant fait 39 morts et 600 blessés à Bruxelles, RTL-TVI coproduit la série documentaire "La tragédie du Heysel", avec Scope Pictures, Max Rockatansky et Palomar. Six épisodes de 52 minutes seront diffusés par deux, les mardis 18 et 25 octobre et le 1er novembre à 19 h 50, sur Ia chaîne privée et sur sa plateforme RTL Play.

Triste coïncidence, la sortie de la série fait écho à l'actualité puisqu'au moins 131 personnes ont perdu la vie dans un stade en Indonésie le 1er octobre. Pourquoi avoir lancé ce projet voici plus d'un an et demi, alors que le 29 mai 1985 ne correspond pas à une date anniversaire ? Pour RTL, il s'agit d'un "premier jalon" dans sa dynamique de coproduction à ancrage local et grand public. Cet événement tragique coche donc toutes les cases car il demeure encore aujourd'hui un fait divers marquant de l'histoire belge et l'une des plus grandes catastrophes mondiales survenues dans une manifestation sportive.

Michel Platini toujours pas prêt à revenir au stade

Comment une série de dysfonctionnements a fait basculer une soirée qui devait être la grande fête du football européen, un événement mondial suivi par plus de 400 millions de téléspectateurs ?

Les deux premiers épisodes ont été présentés en avant-première à la presse au stade Roi Baudoin, lieu du drame. Le documentaire revient en détail sur la catastrophe et les heures qui l’ont précédée. Mais aussi tout ce qui s’est passé après : le match, la question des responsabilités suivie du procès, ouvert en 1988. Et enfin, aujourd’hui, quelles leçons a-t-on tirées du passé alors que les violences dans le football semblent de plus en plus nombreuses ?

Dans La Tragédie du Heysel, de nombreux spectateurs livrent des témoignages poignants, expliquant leur résignation face à une mort quasi certaine ou comment ils ont perdu un proche dans le mouvement de foule. La richesse de cette série se trouve dans la multitude d'intervenants. Outre des spectateurs, des forces de l'ordre, des journalistes, des décideurs politiques, quelques rares joueurs et même un Anglais condamné ont accepté de parler face à la caméra. Certains témoignages ont été extraits de documentaires plus anciens.

Jean-Philippe Leclaire, directeur adjoint du journal L'Équipe et auteur du livre Le Heysel : une tragédie européenne,en 2005, a également écrit la série qu'il a réalisée avec Jan Verheyen. Il était présent lors de la présentation et trouve satisfaction dans la richesse offerte par plus de cinq heures de visionnage. "C'est grâce à ce format de six fois 52 minutes qu'on peut raconter la catastrophe de tous les points de vue, y compris les plus difficiles à entendre." Comme ceux des Anglais, inconscients des conséquences de leurs agissements et impatients de voir le match.

Il regrette, en revanche, que la plupart des joueurs refusent toujours de témoigner, comme ce fut déjà le cas en 2005. Il a pourtant tout fait pour convaincre Michel Platini, à qui il a consacré deux ouvrages. Le 29 mai 1985, celui qui était alors double Ballon d'Or en titre a inscrit le seul but du match. Et il fut critiqué pour l'avoir célébré. "Michel Platini est encore aujourd'hui hanté par les fantômes du Heysel. Il a toujours un fort sentiment de culpabilité pour ce qui s'est passé. Il n'est pas prêt, 37 après, à affronter cela. Il en a pourtant déjà parlé dans des interviews. Si vous l'interrogez sur l'ensemble de sa carrière, il vous en parlera mais si vous lui dites 'on fait une interview sur le Heysel' , il n'est toujours pas prêt à la faire. Il n'est même jamais retourné au stade alors qu'il est déjà revenu à Bruxelles."

Il a, en revanche, autorisé l’utilisation d’une ancienne interview pour la série. Une façon de participer, malgré tout.

La tragédie du Heysel, mardi à 20h50 sur RTL TVI

Chronologie des faits

29 mai 1985 . 15 000 supporters italiens et autant d'anglais arrivent à Bruxelles plusieurs heures avant le match. En ville, la police demande du renfort à cause de nombreux débordements des Anglais. La vente d'alcool n'ayant pas été interdite car "pas réalisable" , de nombreux supporters sont éméchés bien avant d'arriver au Heysel.

Après l’ouverture des portes du stade, les hooligans derrière le but se trouvent juste à côté du block Z, dont les places sont théoriquement réservées aux spectateurs neutres. En réalité, 90 % de ces places ont été achetées par des supporters de la Juventus.

Il n’en fallait pas plus pour exciter les hooligans. Environ une heure avant le début du match, les Anglais percent le grillage qui les sépare des Italiens et chargent. Seulement cinq policiers sont présents pour tenter de s’interposer.

Surpris et paniqués, les spectateurs du block Z tentent de fuir où ils peuvent. Sous leur pression, un mur s’écroule. Le mouvement de foule fera 39 morts (32 Italiens, quatre Belges, deux Français et un Britannique) et 600 blessés.

Les forces de l’ordre, les secours et les spectateurs tentent de sauver les blessés. Les cadavres sont évacués et cachés dans les tentes de la Croix-Rouge. 60 ambulances sont appelées en renfort.

Les décideurs politiques maintiennent le match pour ne pas provoquer de nouveaux débordements. Avec plus d’une heure de retard, la Juventus s’impose 1-0 grâce à un penalty de Michel Platini, critiqué ensuite pour avoir célébré son but.

En 1988 , un procès s'ouvre à Bruxelles. 14 supporters anglais sont condamnés à des peines de prison. Des responsables de forces de l'ordre sont inculpés. Le capitaine de gendarmerie Mahieu est condamné à de la prison avec sursis, tout comme le président de l'Union belge, Albert Roosens, et le secrétaire général de l'UEFA, Hans Bangerter. De son côté, l'instance dirigeante du football européen interdit désormais les places debout en Coupe d'Europe. Elle exclut Liverpool des compétitions continentales pour dix ans (réduits à six ensuite). Les autres clubs anglais seront aussi condamnés, à trois ans, mais devront finalement patienter deux ans de plus après de nouveaux débordements lors de l'Euro 1988.

Le stade du Heysel est rénové en 1994 en vue de l'Euro 2000 et renommé stade Roi Baudoin après le décès du cinquième roi des Belges.