Akro, du groupe Starflam, devient le responsable d’un nouveau projet radio : "Media Z" (nom provisoire). Il s’agit d’une nouvelle station hip-hop destinée à la génération Z, que la RTBF estime âgée de 15 à 25 ans. Développée par le service public, cette radio devrait voir le jour en 2017. Elle ne sera pas disponible en FM mais sur la radio numérique terrestre en chantier, dont le lancement est prévu l’année prochaine.

"Je n’ai absolument pas encore arrêté les grilles ou les choix artistiques, d’émissions, d’animateurs, etc., indique le rappeur bruxellois (Thomas Duprel, de son vrai nom). Il y a encore plein d’études de marché que je dois analyser sur des médias similaires à l’échelle mondiale et européenne."

"Reconnaissance", "visibilité", "créativité", "crédibilité", "diversité". Sacré programme !

Oui. Je veux vraiment ouvrir la porte à toute la diversité au niveau des talents. Ça ne va pas non plus être "radio-maison-de-jeunes", hein ! Il y aura une sélection pour garder le meilleur. Je veux aussi développer quelque chose de positif et éviter les messages négatifs. Dans le rap, on a une espèce de conservatisme, de communautarisme, de sexisme. Je n’en veux pas. Je travaille pour un service public. Je veux donc apporter quelque chose en plus et favoriser le dialogue entre les gens.

Un exemple d’artiste dans cet esprit ?

Bigflo et Oli, par exemple (nouveaux jurés de The Voice Belgique, NdlR). Ce sont des jeunes artistes pour qui ça roule. Ils ont un gros réseau de followers. Ils se sont fait découvrir sur le Web. Ils rappent en français. Ils ont un pied dans les médias, dans le hip-hop, dans les festivals et ils sont en contact avec les jeunes. Ils véhiculent des messages positifs, de réussite. Ils représentent bien la génération d’aujourd’hui.

Vous parlez d’un hip-hop rassurant tourné vers l’avenir…

Voilà. L’avenir, en termes de technologies et en termes de contenus. Les jeunes qui pratiquent le hip-hop aujourd’hui ou les arts urbains au sens large ont des codes qui ont évolué par rapport à ma génération. Il faut donc les écouter. Il faut des animateurs qui fassent partie de cette génération. J’ai aussi envie de développer un côté plus décalé, plus rugueux. Je ne veux pas être lisse et commercial. On aura une offre variée de playlists, d’émissions qui respecte la diversité, avec un cachet vraiment urbain.

Une offre underground pour dénicher des talents ?

Oui, ça pourrait se faire en déplaçant le média sur un tas d’événements extérieurs. C’est en tout cas ce que j’espère. On veut vraiment mettre en avant des jeunes encore inconnus. C’est super-motivant de chercher les stars de demain dans la musique, les arts graphiques, la danse, la composition, le "DJ-ing".

Donc l’art et la culture au sens large mais plutôt urbain ?

Oui, tout à fait.

La radio ne sera donc pas exclusivement musicale mais proposera également de la libre antenne et des émissions ? Comme Fun Radio ou NRJ ?

On n’est pas fermé là-dessus mais notre empreinte sera plus "street". On ne va pas copier ou débaucher. Il y a un tas de jeunes aujourd’hui qui sont encore dans leur coquille. On les sous-estime. C’est à moi de les dénicher. Alors j’espère que oui, on pourra développer des émissions et de la libre antenne. Je pense qu’on va aller vers un projet qui suscite le débat mais je ne peux pas en dire plus pour l’instant. En tout cas, l’ouverture sera fondamentale.

Quelles sont les démarches qui s’adressent actuellement aux jeunes et qui vous inspirent ?

Je dois encore étudier tous les médias mais je me souviens encore, de mon époque, des tout premiers freestyles que j’ai vus sur MTVRaps par exemple. Ils circulaient dans la rue et passaient le micro aux gens et c’est comme ça qu’on a découvert des jeunes qui, plusieurs mois plus tard, diffusaient une vidéo pour finalement devenir des stars incontournables. Je pense à des gens comme Busta Rhymes. On doit aller dans cet esprit-là mais avec les outils d’aujourd’hui.

Ça n’existe plus aujourd’hui ?

En tout cas, un média hip-hop francophone, belge - à part des émissions spécialisées qui durent deux heures -, ça n’existe pas… En avoir un qui vit toute la journée, c’est déjà une révolution.

Il y a radio Kif par exemple…

Chez Kif, ils ont fait un très beau travail de développement par rapport au hip-hop à Bruxelles. Ils jouent des choses que peu de gens connaissent mais ils ont un pouvoir de diffusion quand même moins important que celui de la RTBF. Respect pour le travail que certaines radios fournissent mais on sera davantage axé sur la jeunesse.

Et quels sont justement vos moyens ?

Je ne suis pas au portefeuille (rires). Non, mais je n’ai pas de doute par rapport aux moyens qui vont être dévolus au lancement. On veut toujours faire plus mais on doit aussi rester raisonnable.