Médias/Télé

Désormais, les sociétés criminelles comme les cartels de la drogue peuvent agir dans une relative impunité à l’échelle mondiale. En cause : la dérégulation des marchés et l’obsession du profit qui régit les milieux financiers. C’est le blanchiment qui permet au trafic de drogue de perdurer, affirme tout de go le documentaire « Narco-finance, les impunis »**. L’enquête menée par Agnès Gattegno, qui sait installer un climat sulfureux dans son film, sert de point de départ éclairé au débat animé à 22h20 par Andrea Fies sur Arte.

La première étape de ce voyage dans le monde des narcotrafiquants nous emmène au Mexique. La réalisatrice rappelle, par le biais de ses multiples interlocuteurs (il n’y a pas de commentaire en off), que les narcotrafiquants vampirisent l’économie locale, mettent la main sur une partie des domaines agricoles, dont ils contrôlent la production et les prix. Avec l’aide d’une police corrompue et d’un système bancaire complice. Bien que deux crimes seulement soient punis au Mexique, une récente loi antidrogue a conduit les narcotrafiquants à étendre leurs activités criminelles au racket, aux enlèvements, ou aux vols de chargements d’hydrocarbures – un business en pleine expansion.

Au Mexique, les conséquences du crime organisé sont immédiates, le coût de l’insécurité se répercutant sur la compétitivité des entreprises. Aux Etats-Unis, les répercussions sont plus inattendues : les propriétaires terriens spoliés et les chefs d’entreprise rackettés fuient au Texas, tandis que les narcotrafiquants eux-mêmes investissent massivement dans l’immobilier ou les entreprises. Surtout, l’enquête d’Agnès Gattegno se concentre sur les flux d’argent frais injecté dans l’économie américaine, grâce à la complaisance de la puissante banque anglo-saxonne HSBC notamment, des organismes de contrôle et de la justice. On voit ici un ancien employé de la banque accuser HSBC d’être le vecteur principal de blanchiment d’argent sale entre les deux pays. Au cours de l’entretien, mené en pleine rue, il se retournera près de dix fois, se sentant visiblement menacé…

Plusieurs centaines de milliards de dollars provenant du Mexique se retrouvent ainsi chaque année injectés aux Etats-Unis. Et les cartels de la drogue peuvent atteindre, par ce circuit de blanchiment d’argent sale, des places financières comme Londres, ou des paradis fiscaux comme le Liban et alimenter les caisses noires du Hezbollah par exemple. Reste à savoir jusqu’où conduit le circuit. Sans avoir de révélations ou d’affaires qui permettent « d’affirmer que la France est concernée au même degré que la City de Londres », qui est « la plus exposée parce qu’elle est la première place d’Europe », Agnès Gattegno assure dans un entretien, sur artemagazine.fr, que « Francfort fait aussi partie du circuit… Alors, je ne vois pas pourquoi Paris ne serait pas touchée elle aussi ».