Grise mine chez les auditeurs de France Culture quand, en septembre 1999, Laure Adler, la nouvelle directrice de la chaîne, présente sa grille de rentrée.

L'affaire fait un tollé durant plusieurs semaines en France. Egalement touché par le séisme, un Belge, Benoît Beyer de Ryke, chercheur FNRS en histoire médiévale à l'Université libre de Bruxelles. En douze ans d'attachement à la radio française, ce fils d'un ancien présentateur de la RTBF a amassé chez lui près de 1 300 enregistrements d'émissions et nourrit pour France Culture une passion teintée de vénération: «en quelque sorte, on peut dire que pour moi France Culture a été une seconde université, ou que j'ai appris autant en l'écoutant qu'en suivant les cours à l'ULB.»

AU DÉPART, UNE PÉTITION

Première réaction: le lancement en 1999 d'une pétition à petite échelle sur le Web, pour dénoncer la structure de la nouvelle grille, la multiplication des émissions de très courte durée, «qui va à l'encontre de ce que l'on attend d'une chaîne de culture et de réflexion»

et un appauvrissement généralisé des thèmes abordés. Celle-ci récolte une centaine de signatures que Benoît Beyer s'empresse d'aller présenter à Laure Adler, lors d'un de ses passages à Bruxelles. Le jeune homme se glisse dans les coulisses. Pour se voir opposer une fin de non-recevoir et, sans plus de considération, se faire congédier en tant que «représentant d'un groupuscule minoritaire».

Un peu moins de deux ans plus tard, alors que la chaîne présentera bientôt sa nouvelle grille, pas question de baisser la garde. Les chiffres d'audience le prouvent (477 000 auditeurs en moyenne, 1 pc de parts d'audience), la refonte n'a pas amené plus d'auditeurs, au contraire. Et Benoît Beyer de Ryke, qui a entre-temps multiplié les contacts avec la France, fait aujourd'hui partie, au titre de vice-président, de l'AFC, l'association des auditeurs de France Culture, à laquelle il est intégré depuis décembre 1999.

La liste des doléances de l'association englobe celles de notre interlocuteur et en inclut quelques autres: la vedettisation de la chaîne où des journalistes du «Monde», des «Inrockuptibles», ou du magazine «Lire» ont à présent leur tribune, «sans faire aussi bien que ceux de la chaîne» ; la «magazinite» (le terme est de Laure Adler elle-même) dans le traitement des sujets. Ou encore, en vrac: la baisse de qualité des fictions présentées, les programmes de nuit, la place des sciences «réduite à une peau de chagrin».

DES PROMESSES

L'ensemble des revendications de l'association des auditeurs se résume à une volonté de maintenir à France Culture sa spécificité de radio culturelle. Ni conservatrice, ni réactionnaire, l'AFC ne refuse ni le principe du changement, ni le changement de direction, reconnaissant en Laure Adler «une grande professionnelle»

. Mais elle entend lutter contre une uniformisation de la chaîne au discours commun. Pourquoi vouloir faire plus d'infos sur France Culture, si d'autres le font mieux? Pourquoi y donner plus d'importance à la musique, alors que France Musique remplit déjà cet office? On le voit, ce n'est donc pas un conflit de personnes, et tout ne doit pas se cristalliser autour de la personne de Laure Adler.

Parmi les diverses associations du même type qui se sont constituées, l'AFC réussit à fédérer l'attention du plus grand nombre d'auditeurs mécontents (un bon millier). Et, plus encore, est parvenue à se faire entendre des dirigeants de la chaîne: Laure Adler, mais aussi Jean-Marie Cavada, ou encore le directeur des programmes.

Lors d'une première réunion constructive, c'est surtout de la disparition de Radiolink, le site internet qui reprenait toutes les émissions, qu'ils se sont entretenus. Pour obtenir la promesse que Radiolink revivrait. Mais jusqu'à présent, rien ne bouge, et «on attend de voir». Il y a deux semaines, une autre confrontation a eu lieu, sans Adler ni Cavada cette fois, où l'AFC a présenté une enquête réalisée auprès des auditeurs. Celle-ci chiffrait le mécontentement des auditeurs, dont 50 pc seulement se disent satisfaits de la nouvelle orientation de la chaîne. Les membres de l'AFC espèrent évidemment plus que cette première reconnaissance acquise auprès des directeurs de France Culture. «Sur antenne, par exemple, il n'y a aucune publicité faite pour l'association, ce qui nous permettrait de rencontrer plus de gens». L'objectif final serait évidemment de pouvoir collaborer à l'élaboration des programmes. «Mais on en est encore loin, ils n'ont évidemment pas envie de nous offrir plus d'influence». Dès lors, le combat continue...

© La Libre Belgique 2001