Médias/Télé

Yves Gérard, patron de la régie publicitaire de la RTBF (RMB), avait eu bien du mérite à accepter l'invitation de participer, mercredi, à un forum initié par Ecolo et son centre de recherche Etopia. Devant une assemblée largement convaincue des maux «audimétriques» et publicitaires sur l'identité culturelle de la RTBF, M. Gérard a pris le temps d'expliquer -avec beaucoup de clarté- les mécanismes de l'audimétrie et son impact sur l'attitude des annonceurs.

Yves Gérard s'est attaché à rappeler -sans prendre position sur l'impact éventuel du couple audience/pub sur le contenu des programmes- une évidence: au plus la RTBF fera de l'audience, au plus elle pourra valoriser les tarifs de ses spots et au moins la chaîne publique sera victime d' «encombrement publicitaire».

Cette évidence ne semble pas aller de soi pour tout le monde... A l'exception de Théo Hachez («Revue Nouvelle»), expliquant qu'il était possible de maintenir un espace de service public «tout en acceptant la présence des marchands», plusieurs intervenants ont fustigé un renversement des valeurs culturelles (de service public) au profit des valeurs audimétriques et commerciales. «Le risque, avec un tel renversement, est que le public ne perçoive plus la spécificité de la RTBF et s'en détourne de plus en plus, comme cela semble déjà être le cas», a expliqué Jean-Jacques Jespers (professeur à l'ULB). Face à «l'extinction progressive» de la notion de projet culturel au sein de la RTBF, l'ancien journaliste préconise la création de «contre-feux» permettant de faire émerger l'expression citoyenne.

Le débat n'aura toutefois pas permis d'esquisser de véritables alternatives, ni d'explorer les relations entre information, audience et publicité. Pour certains, la solution est limpide: supprimer purement et simplement la publicité -pourtant déjà limitée au regard de la concurrence- à la RTBF (comme c'est le cas pour la télé publique flamande).

Seul représentant de la hiérarchie de la RTBF présent au débat, Yves Thiran, directeur de l'Info et de l'Ethique, n'a pas nié que la RTBF serait «très soulagée» de ne plus devoir gérer la contrainte publicitaire. Mais il faudrait alors en tirer les conséquences: accroître la dotation publique et/ou réduire encore davantage les coûts de production de la RTBF. Des perspectives assez illusoires dans le contexte actuel...

© La Libre Belgique 2005