**Tant qu’il y aura de la poussière

Documentaire. Arte, 22h20. Madame et Monsieur ont mis au point une organisation irréprochable des tâches. Exemple : ils repassent le linge à tour de rôle. Et pendant que Madame travaille, Monsieur lui lit des romans, et inversément ! Ce genre de couple existe, si si : Marcia Romano et Andrés Jarach en ont rencontré un dans le cadre de leur enquête ménagère. Entre étude sociologique et collecte de témoignages dans lesquels tous pourront se reconnaître, "Tant qu’il y aura de la poussière" rappelle d’abord des chiffres qui ne mentent pas. Aujourd’hui, 80% des tâches ménagères sont encore assurées par les femmes. Alors qu’un nombre croissant de ces femmes travaillent ! Pas étonnant alors que la répartition des tâches déclenche 47% des disputes conjugales. D’autant que si 59% des hommes avouent ne pas en faire assez, beaucoup reconnaissent ne pas franchement culpabiliser lorsqu’ils mettent "les pieds sous la table".

Au fond, quarante ans après la création du Mouvement de libération des femmes (MLF), rien n’a changé ou presque. "La différence aujourd’hui, c’est qu’on en parle. C’est devenu visible ", avance le sociologue Roland Pfefferkorn. "Mais les représentations traditionnelles, stéréotypées, restent très présentes."

Interrogés côte à côte dans leur intérieur, hommes et femmes s’expriment en toute liberté sur ce sujet pas si anodin. En y mettant plus ou moins d’humour, de mauvaise foi, ou de lassitude rentrée. Les unes reconnaissent ne pas savoir déléguer suffisamment, empêchant du coup leur conjoint de s’approprier réellement l’espace domestique. Peu d’hommes font en revanche leur "mea culpa" en admettant qu’ils ont tout simplement la flemme de passer l’aspirateur. Quant à ceux qui s’engagent à faire des efforts pour soulager leur compagne

Les documentaristes ont pourtant rencontré des hommes de bonne volonté, comme ce père ayant fait l’expérience d’être homme au foyer pendant deux ans, qui a pu mesurer l’ampleur de la tâche, et la difficulté d’être reconnu, socialement, dans ce véritable travail. "Maintenant, je comprends l’effet potiche des mères au foyer. Parce que tu ne bosses pas, tu n’as soi-disant plus grand-chose à dire !", résume-t-il.

Eclairant, ludique, ce sujet tente de comprendre pourquoi les schémas traditionnels ont la peau si dure, même si les jeunes générations semblent avoir adopté en masse l’idéologie égalitaire. Pour ce qui est de la pratique C.G.