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Pendant que la crise économique étrangle les portefeuilles, que les apocalypses bancaires angoissent l'actionnaire et l'épargnant, que le réchauffement climatique refroidit les perspectives d'avenir de la planète, un changement silencieux, pernicieux, s'opère dans les mentalités européennes. Tapi dans l'ombre, prêt à nous bondir à la gorge, il profite du fait que le monde entier a bien d'autres choses à penser pour s'épanouir dans une relative indifférence générale. La banalisation en Europe des références à l'extrême droite est en marche, et les fascismes de tous bords ne sont plus considérés comme totalement infréquentables.

Ascenseur pour les fachos ( ( (, une enquête de l'agence Capa, brosse le portrait des extrémismes qui se nourrissent de sang neuf ou recyclent l'ancien. Il faut savoir qu'en Europe, l'extrême droite s'est refait une santé : elle fait partie des majorités au pouvoir dans cinq pays, est à son plus haut niveau électoral depuis 1945 dans 18 pays, et siège au Parlement européen.

Le reportage proposé par "Reporters" débute en Italie, sous le soleil toscan. Une femme et un homme viennent de s'unir devant Dieu. Elle est belle, il est beau. Et fachos. Le couple se balade dans une voiture de collection, dont les exhalaisons nauséabondes ne concernent pas uniquement le pot d'échappement. Il s'agit d'une authentique jeep des troupes d'Erwin Rommel, escortée de side-cars du IIIe Reich. Les invités ne se formalisent pas le moins du monde de cet hommage explicite au nazisme. Pire : ils semblent même plutôt admiratifs.

Duce, Duce !

L'enquête de 52 min ramenée à une petite demi-heure pour les besoins de la case entame ensuite un tour d'Europe des idéologies réactionnaires et xénophobes. Il passe d'abord par la Suède, où 17 groupes néonazis se sont créés ces deux dernières années. Des mouvements dans lesquels on entre par serment, et dont on ne sort pas. Si on les quitte, il faut s'attendre à des représailles. La Suède est le pays d'Europe qui compte la plus grande proportion d'immigrés, constat qui nourrit un terreau favorable à la montée en puissance des partis d'extrême droite. Ainsi, le Sverigedemokraterna (SD), qui a vu son support électoral exploser avec 2,93 pc des suffrages exprimés lors des élections générales de 2006. Dernier rempart contre cette formation, qui prône un retour au passé : le refus de la droite traditionnelle de faire alliance avec les partis qui lorgnent à droite toute sur l'échiquier politique.

Ce qui n'est pas le cas en Italie, deuxième pays visité. Là, où il n'est désormais plus interdit de faire l'apologie du nazisme, la Ligue du Nord - qui se distingue par ses prises de positions anti-immigrés - est membre de la coalition au pouvoir. Un gouvernement emmené par Berlusconi, qui, comme on peut le constater sur des images stupéfiantes, se fait acclamer lors de meetings par de tonitruants et enthousiastes "Duce, Duce !".

L'enquête nous emmène aussi en Allemagne et en Hongrie où, sous des dehors convenables, certaines formations d'envergure basent leurs discours sur les discriminations. Pas de halte en Belgique dans ce reportage français, mais une rencontre avec un Filip Dewinter (Vlaams Belang) remonté contre des militants antifascistes ayant mis des bâtons dans les roues de dirigeants de partis d'extrême droite venus à Cologne pour un meeting contre l'Islam. "Ils (les Allemands, NdlR) ont remplacé la dictature d'extrême droite par une dictature de gauche politiquement correcte", ose-t-il, avant d'exprimer ses craintes quand à la pérennité de la démocratie en Allemagne.

Bref, "Ascenseur pour les fachos", enquête remarquable et fouillée, est tout à fait effrayante.

© La Libre Belgique 2009