Les programmes des antennes télé, radio et web de la RTBF prennent des couleurs métissées du 22 au 28 octobre, en écho à la saison artistique DABA Maroc. L’occasion, pour Hadja Lahbib, de consacrer un Quai des Belges (ce soir sur ARTE Belgique à 22h35, ce jeudi 25/10 sur La Deux à 22h45) aux femmes issues de l’immigration marocaine. Non pas les filles, que l’on connaît et rencontre au quotidien, mais leurs mères. "On n’a pas l’habitude de les entendre, et encore moins de leur donner la parole, explique l’animatrice, qui leur consacre un documentaire dont des extraits seront diffusés lors de l’émission. Elles sont arrivées il y a une cinquantaine d’années et ont vieilli dans un pays où elles ne pensaient parfois pas rester plus d’une semaine. Aujourd’hui, à 60 ans et plus, elles ont fait le choix de prendre leur vie en main et se sont lancées dans une quête de liberté."

Quête qu’Hadja Lahbib a suivie pas à pas, en côtoyant quelques-unes de ces femmes dans leur vie de tous les jours. "Ça n’a pas été évident de les approcher, précise-t-elle. Elles se sont toujours tenues en arrière, sans mot dire. Elles ont suivi docilement leur mari parti chercher du travail en Belgique. Certaines les ont rejoints après des années d’attente au Maroc, avec un ou deux enfants à élever seule." Puis, les années ont passé. Et beaucoup se sont retrouvées seules. "Les enfants ont grandi. Les maris, souvent atteints de maladies graves liées au travail de la mine ou du bâtiment, sont morts avant elles. Voilà que l’idée d’un retour sur la terre de leurs ancêtres s’éloigne de plus en plus. Elles sont là, en Belgique, livrées à elles-mêmes, souvent illettrées."

Hadja Lahbib les a invitées, pour les besoins de son docu, à rencontrer une des leurs, Tata Milouda. "Elle a émigré en France et sa vie a changé, en 1994, grâce à l’alphabétisation. Elle a décidé d’apprendre à nager, à faire du vélo Et, surtout, à "slammer". Depuis, elle met en scène son combat pour la liberté à travers un spectacle qu’elle présente en France, en Belgique et au Maroc."

Sur les traces de leur "modèle", les femmes dont Hadja Lahbib tire le portrait vont se métamorphoser. Elles apprennent à lire et écrire, partent en minibus à la découverte des campagnes et forêts wallonnes, et baladent leur amie Milouda dans les rues de Bruxelles. Avec lesquelles elles ne sont, finalement, pas si familières que cela. "Beaucoup n’avaient jamais vu la Grand-Place, ou l’Atomium, par exemple, s’exclame l’animatrice. Elles jouent aux touristes et adorent cela !" Et de remarquer un changement radical dans leur personnalité. "En presque un an, elles ont beaucoup changé. Elles se sont libérées."