La journaliste belge publie un livre et défend la place de l’humour dans l’info.  Entretien. 

Elle ose tout Charline Vanhoenacker, c’est même à cela qu’on la reconnaît. Trublion du fameux carrefour de 7h55 sur France Inter depuis septembre 2014, elle est aussi taulière du rendez-vous de 17 heures avec son comparse Alex Vizorek. Une heure au cours de laquelle ils étrillent joyeusement l’info. Baptisé "Si tu écoutes, j’annule tout", le rendez-vous monte en flèche dans les sondages d’audiences français. Un peu comme lorsque Sarkozy - qui lui a inspiré ce titre d’émission -, a décidé de figurer au premier rang des chefs d’Etat lors de la manif post-Charlie.

Sarkozy, Juppé, Hollande, Dassault, Poutine, le Pape et les djihadistes, elle tombe sur tous ces personnages à bras raccourcis avec une rhétorique qui fait mouche et, surtout, qui fait sens. Sa chronique postattentats de Paris, lundi 16 novembre, a fini de la placer sur l’orbite des chroniqueurs qui comptent à Paris, même si une autre sortie récente, sur Vincent Bolloré et Maïtena Biraben, a fait d’elle l’ennemi public de Canal +.

"Bonjour la France" défie le quotidien

Coédité par Robert Laffont et France Inter, son livre "Bonjour la France" vient de sortir de presse, elle y livre le meilleur de ses chroniques en réalité augmentées, à savoir soigneusement sélectionnées, regroupées par thématique et réécrites afin de former "des chapitres cohérents qui puissent défier le temps" . Un exercice auquel elle s’est finalement soumise après avoir longtemps hésité car la proposition datait, en fait, de 2012.

"Au début, je ne voyais pas l’intérêt parce que c’est avant tout un exercice radiophonique, même si toutes ces chroniques sont, bien sûr, très écrites. L’éditrice de Robert Laffont a fini par me convaincre et j’ai accepté de le faire à condition qu’il y ait une valeur ajoutée que ce ne soit pas un simple copier-coller" de ce qu’elle a livré sur antenne.

La place essentielle de l’humour

La journaliste avoue s’être posée beaucoup de questions sur la promotion de ce livre qui débute par ses chroniques post-Charlie. "Je me suis demandé : j’y vais, j’y vais pas ? Mais j’ai envie de délivrer un message sur l’humour en disant qu’il y a une place pour ce discours-là, tout simplement parce que cela fait du bien. C’est une façon de réfléchir, de se moquer des djihadistes, des kamikazes, etc.

" Depuis Charlie, je réfléchis tous les jours à la place de l’humour et à sa nécessité, à ses limites aussi. J’intellectualise tout, c’est mon travers. Que ce soit la fessée, la manif pour tous ou la grève à Radio France. Après les attentats de Paris, je me suis dit qu’il fallait qu’on soit présent sur ce thème-là le lundi. Mon obsession était : comment l’aborder ? Il faut qu’on soit présent parce que les gens qui sont morts sont des gens qui prenaient du plaisir : au resto, dans un café, au concert, etc.

" Je me suis dit, si on ne peut plus faire tout cela, on va faire des gosses et ce seront tous des enfants du rock. Pas de bol pour Daech ! Ce seront donc tous des ‘dépravés, idolâtres’ comme ils disent. Et je leur ai rappelé que s’ils n’aiment pas le sexe, la bière et le rock’n’roll qu’au moins, ils n’en dégoûtent pas les autres. En ouvrant une bière de grand matin, c’est une chronique qui m’a permis de faire sauter le couvercle de la casserole à pression. J’ai appris de Charlie qu’il fallait être présent pour montrer qu’on peut dominer ce qui nous arrive." Comme le dit Romain Gary, cité en préambule.

"Cette phrase, c’est mon mantra"

"L’humour est une déclaration de dignité, une affirmation de la supériorité de l’homme sur ce qui lui arrive." Cette déclaration ouvre "Bonjour la France", le livre que Charline Vanhoenacker vient de publier chez Robert Laffont, en coédition avec France Inter. Plus qu’un constat, il s’agit d’un véritable mantra aux yeux de la journaliste. "J’ai adoré "La promesse de l’aube". Quand j’ai lu le passage de Romain Gary sur l’humour, cela correspondait exactement à ma vision du rire comme démineur du réel."

Le livre commence par ses chroniques sur Charlie Hebdo, "qui sont symboliques", d’autant que Charline Vanhoenacker "dédie son livre aux Guignols de l’info" (!) Et il se termine par celle sur la Belgique, "pour montrer que je ne l’oublie pas, même si je n’en fais pas un cheval de bataille. Après, j’ai simplement cherché à organiser et à rythmer les autres sujets, en gardant la substantifique moelle et ce qui, aujourd’hui encore, parle à la mémoire collective" .

L’échéance de 2017, et après

"Le jour où cela s’arrête à Inter ? Je pourrai refaire du reportage. J’ai toujours cette même envie, ce même feu, confie la journaliste. Je suis consciente que les émissions s’usent plus vite qu’avant et que le ton qui plaît aux Français aujourd’hui peut ne plus leur plaire dans deux ans, car tout est versatile. Mais je ne suis pas dans la peur que cela s’arrête car vu l’échéance des élections de 2017, on aura de la matière et les chaînes ne vont sans doute pas bouleverser leur programme maintenant. Surtout une chaîne comme France Inter où l’info est au cœur du réacteur. Donc même si on n’a signé que pour un an, il faut sans doute plutôt réfléchir à l’après-2017."