La journaliste belge, pilier de France Inter depuis la rentrée à 7h55 et 17h, va animer son premier prime sur France 4 et sur la RTBF.  Entretien  

Charline Vanhoenacker dédaignait la télé française qui la courtisait. Mais samedi dernier, l’animatrice de "Si tu écoutes, j’annule tout" sur France Inter vient de céder. TéléParis, producteur de "Salut les terriens !", "Des grandes questions", l’a convaincue de présenter "Je vous demande de vous arrêter", deux nouveaux primes attendus en avril sur France 4. Après une journée de tournage dans l’hystérie d’un plateau chauffé à blanc, sous une pluie de compliments, Charline Vanhoenacker est restée branchée sur sa fréquence belge, ondes de joie et sang-froid, ondes de chocs dans les médias parisiens.

Avec "On n’est pas couché", France 2 vous testait déjà.

Oui, mais je ne me sentais pas à ma place. Laurent Ruquier a besoin de deux procureurs, de deux inquisiteurs. Il a compris que j’étais dans l’ironie, la distance. C’est horrible à dire, mais si je ne tiens pas les rênes, j’ai du mal à me plonger dans un projet ! France 4 m’a proposé du sur-mesure. Ce projet a germé il y a 17 ans. Il manquait l’équipe pour l’incarner.

Un argument vous a convaincu ?

Le projet me correspondait tellement. C’est une émission sur la connerie organisée ! Le producteur a pris l’exemple de Zara en me disant : tu imagines qu’il y a des gens qui se sont mis à 12 autour d’une table pour concevoir un pyjama rayé avec une étoile jaune ! Et il a fallu un tollé pour que ce soit retiré. L’autre argument choc, c’était de prendre ma bande (NdlR : Alex Vizorek, Guillaume Meurice, André Manoukian, Thomas VDB, Hélène Roussel, à laquelle s’est ajoutée Nicole Ferroni). Je m’amuse tellement avec eux !

Votre singularité, c’est votre traitement de l’actualité à la manière d’un dessinateur de caricatures.

C’est ça ! Aujourd’hui, c’est mon avantage. Beaucoup d’étudiants d’écoles de journalisme reconnues (Celsa, CFPJ) m’interviewent là-dessus. Leurs profs leur disent : le factuel pur, laissez tomber ! Trouvez votre style, sinon vous êtes morts !

En tant qu’observatrice des médias, qu’avez-vous compris de leur mécanique ?

Le suivisme. Chaque année, trois ou quatre personnalités émergent et tout le monde s’en empare. Maintenant que je suis passée de l’autre côté du miroir, je suis devenue le nouveau phénomène, le bon client, celui qui est capable d’avoir un avis sur tout, mais sans trop s’étendre. J’ai compris que tout était formaté, que vous pouviez être porté aux nues un jour, puis, si vous n’arriviez pas à vous renouveler, on vous foutait au panier. Mais je ne suis pas Obama, je n’ai pas un truc à dire sur tout !

Vous semblez pourtant insensible à la pression.

J’ai observé tellement de gens stressés, il y a une telle dramatisation de l’enjeu que j’ai choisi de prendre le contre-pied. Ce milieu nombriliste m’a toujours fait marrer.

Votre pratique du journalisme a-t-elle changé depuis que vous gagnez votre vie ?

C’est vrai que c’était la dèche ! Le journaliste le plus précaire qui soit est celui qui vit à Paris, à Washington ou à Londres et qui travaille pour un média belge ou roumain ! Parce qu’on est payé comme si on vivait à Bruxelles. Ça m’enlève une angoisse, mais la pression vient de ce que je me dis : c’est l’argent du contribuable.

Dans quel chausse-trappe évitez-vous de tomber ?

Les gens te flattent beaucoup. Ils te disent : "on adorerait vous avoir, on est tellement déçu que vous ne puissiez pas venir". Tu peux céder très facilement, parce que tu te dis "c’est chouette, ça ne va peut-être pas durer". Le risque, c’est de lasser. Dire "non", se faire rare est une science.

Pourquoi tacler autant les politiques ?

Ce sont des gens qui se croient intouchables. Je les trouve ridicules, pathétiques, irresponsables. Ma manière à moi de me rendre citoyenne, c’est de rappeler leurs travers. Ce qui était louable dans la politique française, c’était une forme de vision, de culture, de souffle. Aujourd’hui, la seule politique lettrée pour moi, c’est Christiane Taubira (l’actuelle ministre de la Justice en France, NdlR).

Au risque de verser dans le populisme ?

Le populisme, c’était de dire : tous pourris. À partir du moment où tu argumentes, de façon précise, tu donnes les clés pour que l’auditeur se fasse une opinion.

Sous quel pseudo votre père écrit-il des livres érotiques ?

Philippe van Bellegem. C’est un truc dont on rigole beaucoup avec mes parents. Je trouve qu’il a une très belle plume, mais le propos ne me passionne pas. Mon père me fait la blague, il me dit : "Un jour, il faudra que tu m’invites dans ton émission." Je lui ai dit non !