Le chroniqueur quitte "On n’est pas couché", à l’issue de sa troisième saison.

Printemps 2014, Aymeric Caron et Laurent Ruquier envisagent de ne pas renouveler leur collaboration afin de ne pas lasser. Repéré par l’animateur-producteur, lors d’une interview mordante de Nadine Morano - soutien à Nicolas Sarkozy et porte-parole de l’UMP - Aymeric Caron confirme sa pugnacité.

Eté 2014, après avoir questionné Bernard-Henry Lévy sur la mort de civils à Gaza, le journaliste a été placé sous protection policière. Une réaction d’une violence rare qui questionne.

Etes-vous menacé de mort ?

Il y a des menaces sur moi, sur mes proches. Je n’en dirai pas plus.

En questionnant la politique israélienne, un journaliste prend-il le risque de représailles ?

Je n’en sais rien. Je peux le deviner. J’ai simplement posé des questions sur une actualité. C’est le rôle d’un journaliste. Apparemment, certaines personnes ont considéré que je n’aurais pas dû.

Cette violence vous surprend-elle ?

Oui, parce j’ai posé une question de journaliste à un intellectuel qui s’occupe de politique internationale depuis des années.

Pourquoi la relance d’une question est-elle prise pour de l’agressivité ?

La question est : quel journalisme a-t-on en France ? Quel journalisme veut-on ? Je n’y vois pas de l’agressivité, sauf à considérer que poser trois fois la même question c’est agressif, que dire à quelqu’un "ce que vous dites est faux, j’ai une information contradictoire" et insister pour l’affirmer, serait agressif. Ma vision du journalisme est inspirée de ce qui se fait aux Etats-Unis et en Angleterre, un journalisme qui bouscule. Un politique est élu au service des citoyens, il doit rendre des comptes. Mais en France, on reste dans cette conception d’Ancien Régime, avec cette idée qu’il y aurait une classe supérieure au reste des citoyens, une classe dirigeante. Hier, c’était la monarchie, aujourd’hui, c’est la classe politique.

Vous-même êtes tancé pour vos positions exprimées dans "No steak", votre dernier essai.

Et alors ? Certains voudraient nous faire croire qu’il y a, d’un côté, des journalistes qui ne disent rien et, de l’autre, des idéologues. Je crois en l’honnêteté du journaliste, pas en sa neutralité. En France, on confond un journaliste pugnace, qui assume ses opinions et un journaliste idéologue qui essaye de démontrer ses propres thèses à travers ses questions.

Quel rôle votre éducation dans le Nord-Pas-de-Calais, entre un père directeur d’école primaire et une mère infirmière en pédiatrie, joue-t-il sur votre métier ?

Ma mère est néerlandaise, donc protestante. Je suis athée, mais je vis avec cette culpabilité autour de la réussite, du bonheur. Ce sont par nos paroles, surtout par nos actes, qu’on peut se racheter. Selon l’endroit ou la famille dans laquelle ils naissent, les gens n’ont pas les mêmes chances de réussir. Sans doute, suis-je devenu reporter pour rencontrer les gens au Pakistan, en Russie, aux Etats-Unis… pour mieux les comprendre. Pourquoi certains ont-ils dix fois plus de chances de réussir que d’autres qui le méritent peut-être plus ? Ça m’obsède terriblement.

Et vous vous retrouvez à la télévision dont la logique refuse la complexité du monde !

C’est vrai que pour attirer le lectorat ou les spectateurs, on a tout simplifié depuis quelques années. J’ai appris mon métier en couvrant des conflits. Le conflit oppose par définition deux parties : les gentils et les méchants. On demande d’autant plus au spectateur ou au journaliste de choisir son camp, que le pays dont vous êtes issu participe à un bombardement. Mais, j’ai pu constater que le méchant n’était pas forcément aussi méchant qu’on le disait. Les gentils, pas aussi gentils. C’est plus complexe.

Quel conflit vous aura marqué ?

Celui du Kosovo que la presse française a présenté comme le conflit contre les méchants Serbes. Pour coller à cette présentation, des journaux très respectés sortaient des informations non vérifiées, parlaient du massacre de plusieurs milliers de personnes pour découvrir ensuite que c’était faux. A l’époque, on gobait les informations de l’état-major français ou de l’Otan. Après mon école de journalisme, j’ai vécu deux ans en Chine. Je suis arrivé avec tous mes a priori de Français. En m’immergeant dans la population, j’ai appris à mettre en perspective. Le bien n’était pas incarné par certains pays qui auraient tout compris. Le mal ne règne pas là où les populations seraient arriérées.