Médias/Télé

La chaîne du groupe Canal nous avait pourtant promis un « événement inédit ». Farida Khelfa, grande amie du couple Sarkozy, témoin de leur mariage en 2008, ambitionnait de filmer Nicolas Sarkozy et sa famille durant trois mois, depuis l'annonce de sa candidature aux présidentielles jusqu'à sa défaite, le 6 mai 2012 : « Ce qui m'intéresse, c'est l'homme intime plus que l'homme public. ». La voici, cette fameuse intimité, qui tient à de brefs échanges entre deux portes, deux cigarettes, dans un salon, un bout d’avion.

Carla Bruni : « Il est classe ce manteau, on voit pas que je suis segro ». Carla parle comme les jeunes gens. « Segro », en verlan, signifie « grosse ». L’ancien président de la République française, quant à lui, affirme ses propres goûts : « Je trouve qu’il n’y a rien de plus élégant que les mocassins et les bottes cavalières ». Carla peaufine : « Ce qui importe, c’est la finesse du pied ». Puis apparaît le comédien Gérard Depardieu, plus sibyllin, dans la loge d’un meeting : « Moi, j’ai rien à perdre, j’ai rien à gagner. Chaque jour est un jour qui permet d’aimer et d’être aimé.» Puis, sur scène, Bernadette Chirac, l’épouse de l’ancien président et ancien mentor, gesticule devant un micro. « Je ne peux pas écouter cette dame tellement je l'aime. J'ai tellement peur. C'est comme si c'était ma mère qui faisait un discours. » confesse le petit Nicolas qui sommeille en Monsieur Sarkozy.

Les plans se succèdent, plans sur les gouttes de pluie ruisselant le long des vitres, plan de dossier de chaise, plans de moquette, plans de travers, plans agités par une caméra qui s’égare, plans flous. Une sensation de nausée, alors, n’est pas exclue. Puis Carla à la guitare, puis Carla se maquillant : « On ne peut rien faire contre les bajoues ». Puis Carla chantant. Et Nicolas : « T’es belle ! ». Puis la vie de famille et le papa admiratif devant sa petite fille, Giulia, merveilleusement bien dotée : « La merveilleuse bouche de ma femme ! ». Puis, c’est bientôt la fin, celle de nos souffrances et celle de la campagne de Nicolas Sarkozy dont on aura rien appris, ni de son intimité, ni de sa ligne politique. Et ni Rama Yade, ancien ministre, ni Edouard Balladur, autre mentor, ne pourront rien changer à cette vacuité.

Pendant 52 minutes, la famille Sarkozy est apparue étrangement imperméable aux émotions humaines. À l’annonce de sa défaite, le chef de famille a tranché : « On va réfléchir à une maison qui vous ferait plaisir les enfants ! » «C’est une page qui se tourne. »

Mais où est donc passé Nicolas Sarkozy, l’être humain ? Pourquoi a-t-il été enterré avec son épouse dans cette chose commune ? La faute à Farida Khelfa, ex-top modèle égérie de la maison Schiaparelli et actrice, qui vient de s’autoproclamer réalisatrice. Pourtant, en aucune manière, ce qu’elle a produit ne peut-être qualifié de documentaire. Cela s’appelle, dans le métier, un « bout à bout » amélioré, une succession d’images mises les unes à la suite des autres sur un fond musical, sans construction, sans écriture narrative. Ce qui explique, peut-être, que ni TF1, ni France 2, ni France 3, ni France 4, ni France 5, ni Arte, ni même Canal Plus, ne l’aient acheté.

Que toutes celles et ceux qui désespéreraient encore d’avoir raté cette « Campagne intime » soient rassurés. D8 propose une rediffusion dimanche 10 novembre, à 23h30.

Audiences

En terme d'audiences, le documentaire a attiré 1.5 million de téléspectateurs, avec une PdA (part d'audience) de 5.2%. C'est évidemment un gros succès pour la chaîne D8.