Certaines n'ont pas voulu que l'on change leur prénom, d'autres, longtemps après les faits, semblent avoir toujours la peur au ventre et se font appeler Chloé ou Nathalie. Mais toutes ont en commun des très mauvais souvenirs qui les lient à PPDA, ex-présentateur vedette de TF1 et véritable démiurge de l'info de la chaîne privée, dans les années 90. Elles ont hésité à témoigner mais aujourd'hui, elles confient au  "Monde" ce qui s'est réellement passé entre elles et le journaliste. Des propos qui viennent étayer la plainte déposée en début d'année par Florence Porcel et dont l'existence a été révélée par le "Le Parisien", daté du 18 février.
  
Parmi elles, il y a Hélène Devynck, 54 ans. A l'époque des faits, au début des années 90, elle est assistante de PPDA. Elle, comme tant d'autres, est "passée à la casserole". "C'était impossible de ne pas passer à la casserole, mais tout autant impossible de le dire. Moi, je ne l'ai pas dit, je sais bien que si je disais quelque chose, il y avait un tel déséquilibre que je serais la pute et lui le séducteur".
 
Les mots sont crus, les actes aussi. Ils se sont, dit-elle, déroulés au domicile du journaliste, à Neuilly. Elle décrit "un petit coup, vite fait, mal fait" et ajoute avoir eu l'impression d'avoir été la bonne. Elle a serré les dents, parce qu'elle savait que si elle parlait, elle n'aurait plus de travail. D'ailleurs, quand elle a décidé de mettre fin à sa collaboration, parce qu'il était vexé, PPDA "est allé dire à toute la rédaction que j'étais nulle". Elle aussi a témoigné auprès de la BRDP, la Brigade de la Répression de la Délinquance contre la Personne.
 
La suite est tout aussi édifiante. Il y a Chloé (nom d'emprunt), jeune journaliste prometteuse qui, début 2003, se fait agresser sur le bureau même du présentateur. Il l'a "embrassée, m'a renversée sur sa grande table, a glissé sa main dans mon soutien-gorge puis l'autre dans ma culotte avant de l'introduire dans mon sexe pendant de longues minutes". Pétrifiée, elle dit qu'elle ne veut pas. En vain. 

Un scénario que déroulent d'autres femmes, qui pourtant, ne se connaissent pas. Toujours le même mode opératoire. Nathalie (nom d'emprunt), alors étudiante, a été invitée à assister à un JT. La suite se déroule dans le bureau, encore. "Il m'embrasse, il me déshabille, il y a un rapport sexuel", analyse-t-elle cliniquement.
 
Cela commençait toujours par des questions intimes, se souviennent toutes ces femmes. "Vous êtes mariée? Vous êtes fidèle?". Elles parlent d'un ton enveloppant, mielleux, onctueux. D'une extrême courtoisie qui, pourtant, finit par déraper.

Enfermée dans le bureau

Joséphine aussi a vécu des scènes similaires. Elle a été invitée à venir voir le JT depuis les coulisses. Plus tard, dans son bureau, PPDA lui demande si elle a déjà "été avec un homme plus vieux". Elle ne comprend pas vraiment, s'en sort par une pirouette en lui disant que, oui, elle est déjà sortie avec un garçon de 25 ans! "D'un coup, il me saute dessus, et plante sa langue tout au fond de ma bouche". Elle lui demande à plusieurs reprises d'arrêter, lui dit qu'elle n'a pas envie. Avant de se rendre compte qu'elle est enfermée.
 
D'autres racontent des scènes que l'on pourrait qualifier de vaudevilesques si elles n'étaient pas tragiquement déplacées. Comme cette jeune femme qui se souvient des coups de fil au milieu de la nuit puis de coups frappés à la porte à 4 heures du matin, dans un hôtel de province.
 
Dans ce même papier, certains témoignages soutiennent toutefois le journaliste, âgé aujourd'hui de 73 ans. Celui de sa fille Morgane, notamment, qui se souvient qu'à la grande époque, des filles dormaient sur le seuil de leur porte. Celui de Marie-Hélène Mille, aussi, l'une de ses deux secrétaires, qui dit que, depuis 32 ans qu'elle travaille avec PPDA, elle n'a jamais été victime ni témoin de gestes déplacés ou de comportements qu'on lui impute aujourd'hui. 
 
Claire Chazal, également, a volé au secours de son ancien compagnon et père de son fils François. "Jamais les choses n'ont été évoquées ni même imaginées dans cette tour où son bureau était au coeur de la rédaction et auquel chacun avait accès". Même Jean-Pierre Pernaut, son collègue pendant des années, est sorti de ses gonds le 2 mars sur RMC. "Son bureau était au centre de la rédaction, s'il s'était passé des choses répréhensibles, on l'aurait su", a-t-il martelé. 
 
"Le Monde" souligne, enfin, que du côté de TF1, ceux qui exerçaient des postes de direction à l'époque, ont tous préféré garder le silence: Etienne Mougeotte, Robert Namias, Xavier Couture ont soit décidé de ne pas s'exprimer sur un sujet qui est entre les mains de la justice, soit n'ont pas donné suite aux sollicitations du quotidien du soir.
 
Sur la plateau de "Quotidien", début mars, PPDA disait ceci à Yann Barthès: "Ce comportement où il y a des petits bisous dans le cou, parfois des compliments, ou parfois du charme ou de la séduction, n'est plus accepté aujourd'hui par les jeunes générations. Si vous voulez mon avis, je le regrette".