Dans son documentaire de 52 minutes, la réalisatrice Marie Börsch s’intéresse aux jeunes Allemands recrutés pendant la guerre par Hitler. Et plus précisément aux enfants-soldats âgés de 8 à 17 ans qui, pour 10 000 d’entre eux, ont été envoyés dans le camp d’Attichy dans l’Oise. Les Américains ont, ainsi, séparé ces jeunes des adultes et tenter de les rééduquer en créant une section spéciale : "Baby Cages".

Le papa de la réalisatrice

La réalisation, très classique, pas toujours heureuse, reste le point faible de ce documentaire, très rigoureux sur le fond. Parmi les intervenants, il y a principalement des historiens et Winfried Börsch. Âgé de 92 ans, cet ancien professeur de littérature française, père de la réalisatrice, a fêté ses 17 ans dans le camp. Sa fille a pris la caméra pour éviter que son histoire et son témoignage ne tombent dans l’oubli.

Avant d’aborder son passage à Attichy, Winfried Börsch raconte sa jeunesse volée par la guerre. Il intègre la DCA (lutte antiaérienne) dès 15 ans, avant de se faire capturer. "On n’a pas eu de jeunesse, on n’a pas eu d’évolution normale. On n’a pas eu de possibilité de se développer. Personnellement, j’aurais aimé faire une carrière de musicien…", explique ce fils de pasteur dont le père, Bruno, s’était érigé contre le régime nazi.

Outre ce témoignage intime, la richesse de ce documentaire réside dans ses archives. Vidéos, photos de Life Magazine, autoportrait dessiné par son grand-père…, autant d’éléments permettant de nous replonger dans les combats, les bombardements, et puis la Libération. Parmi les moments forts de ce doc, on notera, notamment, l’interrogatoire d’un gamin de douze ans par les soldats américains.

Histoire, philosophie, poésie.

Dans ce camp, les enfants vont suivre un programme scolaire spécial (sport, musique, histoire de la démocratie américaine, droit, philosophie, poésie…) destiné à les "désembrigader". Les réponses aux questionnaires remplis par les anciens soldats montrent que cette entreprise n’était pas si facile. Hitler a-t-il été un grand idéaliste ? 4 024 enfants répondaient "non", 2 254 "oui". "Mon sentiment dans ces derniers moments passés avec eux est celui d’un échec", écrivait, ainsi, un médecin de l’armée américaine dans une lettre à un ami. Il venait d’emmener un groupe à la gare d’Attichy à leur sortie avant de rentrer dans leur pays.

En visionnant Baby Cages, qui a le grand mérite de faire la lumière sur une histoire méconnue, impossible de ne pas penser au documentaire présenté la semaine passée dans nos pages et diffusé sur France 5 : Les lionceaux du califat. Ces jeunes embrigadés par l’État islamique et retenus dans des camps de déplacés en Syrie.

En sortant d’Attichy, Winfried Börsch, a, lui, épousé une Française. Le couple avait choisi un lieu très spécial pour leur mariage de noces : Verdun.