Médias/Télé

Par quels moyens peut-on rapprocher le discours des politiques des préoccupations du citoyen ? En donnant par exemple aux Français la possibilité de s'exprimer sur les plateaux de télé face aux candidats ou à leurs représentants.

Au diapason des grandes chaînes dans la couverture de cette campagne présidentielle de 2007, France 3 propose dès ce lundi une nouvelle émission, co-présentée par Audrey Pulvar et Jean-Michel Blier, chef du service politique de la rédaction nationale. Bâtie sur le principe d'"A coeurs et à cris", diffusé en mai 2006, "Français : votez pour moi !" a pour mission d'opposer le discours politique aux préoccupations d'individus engagés dans la vie de la cité.

Claude Beau, ancienne juge pour enfants, milite dans une association pour lutter contre la délinquance. Jean-Marie Lovichi, proviseur, défend la mixité sociale au sein de son collège. Privé d'emploi depuis 2004, Farid Allali, ingénieur commercial d'origine algérienne, a créé sa propre entreprise. Isabelle Calanville, mère au foyer, défend de son côté les "valeurs républicaines". Tous les quatre seront invités à débattre en plateau avec le porte-parole du PS Julien Dray, le conseiller UMP de Nicolas Sarkozy Patrick Devedjan, la vice-présidente du FN Marine Le Pen, et le député-maire UDF de Drancy Jean-Christophe Lagarde. Sept autres personnes pourront également s'exprimer, en duplex des rédactions de Lille, Caen, Lyon, Limoges... autour du thème : "Quelles valeurs pour la France ?""Les citoyens ne veulent plus entendre des promesses. Ils attendent une feuille de route. Nous souhaitons faire accoucher les candidats d'une espèce de nouveau contrat social", justifie Jean-Michel Blier.

"Ils viendront parler de leur quotidien, de problèmes qu'ils connaissent mille fois mieux que les hommes politiques", insiste Paul Nahon, directeur général adjoint en charge de l'information. "Nous voulons sortir du monde des petites phrases, aller au fond des choses, faire en sorte qu'il se passe quelque chose d'intelligent, de complexe sur le plateau", ajoute-t-il.

"A nous de cadrer"

Pour éviter toute démagogie, ces citoyens ont été choisis, avec le concours des rédactions régionales, "en fonction des questions qu'ils posent au regard de la collectivité, et de manière à ce qu'ils aient la capacité de s'exprimer face aux candidats. Ils viennent sur un thème spécifique, avec l'envie de porter une parole précise. Le rôle des journalistes en plateau sera de tirer cette interpellation citoyenne vers le politique et la collectivité. Depuis le 21 avril 2002, on a assisté à une libération de la parole. A nous de la cadrer", prévient Hervé Brusini, directeur délégué à l'information de France 3, qui rappelle que Valéry Giscard d'Estaing avait rencontré des Français à l'Elysée ou que François Mitterrand accepta un face-à-face télévisé avec des citoyens en 1981.

"Notre objectif est de retrouver la simplicité de l'échange, afin que le citoyen retrouve le chemin des urnes", poursuit-il. Déjà aux manettes d'"A coeurs et à cris", Audrey Pulvar avait été frappée par la spontanéité sur le plateau.

"Les gens viennent parler de ce qu'ils connaissent, de ce qu'ils vivent au quotidien, et ils en parlent bien", assure la journaliste, que l'on retrouvera par ailleurs dans les soirées électorales aux côtés de Louis Laforge.

Pour donner chair à ce débat de trois heures, quarante-cinq minutes de reportages permettront d'introduire brièvement ces citoyens, leur histoire, leurs combats, leurs difficultés, leurs interrogations, leurs attentes, et thème du jour oblige, les valeurs auxquelles ils sont attachés : éducation, famille, tolérance, égalité des chances, justice, maintien de l'ordre, droit à l'homoparentalité, liberté de confession...

© La Libre Belgique 2007