COMPTE RENDU

Profitant du cadre offert par le «Panorama 2005 du cinéma documentaire belge», le Fonds Henri Storck organisait, lundi soir, un débat visant à confronter le documentaire du réel aux chaînes le diffusant. Rassemblés autour de Kathleen de Béthune (du Centre de l'audiovisuel à Bruxelles, CBA) : Pierrette Ominetti, directrice adjointe de l'unité documentaire pour Arte-France; Daniel Brouyère, directeur de l'unité Documentaire, Magazine et Jeunesse (RTBF) et Paul Pauwels, directeur des programmes pour Canvas (VRT). S'en est suivie une discussion au cours de laquelle points communs et divergences notables n'ont pas manqué de sauter aux yeux de la profession assemblée...

«Le documentaire est associé à la notion de temps: du temps pour approcher la réalité et rencontrer les gens. Par rapport aux journalistes qui, dans leurs reportages, doivent souvent aller vite. En France, une place prépondérante est laissée à l'actualité et à l'info. Je pense que la position privilégiée d'Arte en la matière s'explique par le fait que nous n'avons pas une direction puissante de l'info» note Pierrette Ominetti d'Arte France

Daniel Brouyère, quant à lui, pointe la différence entre les documentaires événementiels «irréguliers diffusés sur les chaînes généralistes et familiales (telle la une) et les documentaires diffusés de façon plus régulière sur les chaînes «segmentantes» (la deux) parfois pénalisés par l'audience». Arguant que les premiers «peuvent susciter l'intérêt du grand public vers les seconds proposés dans des cases aux visées moins ambitieuses en termes d'audience.» Si Paul Pauwels «regrette l'heure tardive de diffusion sur Canvas» il note: «en contrepartie, la richesse et la qualité ne manquent pas et la chaîne est ouverte aux formes nouvelles.»

Cases diverses et casse-tête

Pour un réalisateur ou un producteur, l'un des autres mystères de la diffusion en télévision est celui de l'offre «segmentée en cases». «Nous diffusons de 850 à 1000 heures de documentaires par an entre 19h et 1h du matin, sur 2000 heures au total, tous genres confondus.. Toute la difficulté est de faire le bon choix et de l'amener à un public» confirme Pierrette Ominetti. «Il existe parfois des règles de programmation que les auteurs ne veulent pas entendre, poursuit- elle, mais qu'il faut rappeler comme l'impossibilité de diffuser des programmes compliqués sur des sujets très pointus à une heure de grande écoute.»

A la RTBF, diverses cases coexistent mais les intitulés restent larges et les champs divers et variés: histoire, sciences, culture, etc. «La discussion est en cours avec Wilbur Leguebe, nouveau responsable des documentaires, et nous nous dirigeons vers une segmentation plus grande encore. Il faut que nous définissions beaucoup plus clairement notre offre pour que les téléspectateurs s'y retrouvent». Dans le même temps, note-t-il, «la frontière entre documentaire et reportage s'estompe toujours plus et certains trouvent leur chemin vers le public grâce à des passeurs comme dans «Contre-Courant» ou «Ushuaïa».»

Paul Pauwels confirme, lui aussi, l'importance du rendez- vous avec le téléspectateur, «mais au coeur de ce rendez-vous il importe de l'étonner par une offre diversifiée: pas de surgelé, des sujets qui font polémique.»

Chantiers en cours

Si «la déception bien plus souvent que la magie» est au rendez-vous des essais de nouvelles formes du documentaire, Pierrette Ominetti se dit «prête à convoquer la réalité à travers une multitude d'écritures.» Même écho du côté de Daniel Brouyère à la RTBF: «Le documentaire est l'espace de création le plus ouvert aujourd'hui, il se libère de ses carcans et idéologies face à l'animation, etc. Il y a toute une réflexion qui doit encore se faire à la RTBF, nous sommes prêts à accueillir toutes les nouvelles formes de création mais nous rencontrons plus de difficultés avec les documentaires de création pure qui interrogent le langage audiovisuel.» Si les nouvelles formes ne sont pas au programme de Canvas, les possibilités, elles, restent énormes. «Le sujet prime, il faut qu'il soit enthousiasmant car le documentaire est une ouverture démocratique sur le monde.»

L'Histoire absente pour le moment de la programmation ertébéenne fait pourtant partie des cinq genres les plus suivis par les téléspectateurs: Sciences, Histoire, Médecine, Vie quotidienne et Nature/Animaux, bien loin devant les Arts et le Théâtre arrivant en 14e et dernière position. «Mais si on compare avec les propositions de coproduction que nous recevons, on retrouve peu de thèmes correspondant à nos meilleures audiences.» Un appel dans ce sens devrait-il être lancé en direction des réalisateurs et producteurs?

«Comment réattirer notre public vers les cases traitant de l'humain? C'est notre challenge aujourd'hui. Et la RTBF doit aussi réfléchir à son rôle en matière de documentaires historiques car le gros problème est aussi qu'ils sont très chers.»

© La Libre Belgique 2005