Au Nord du pays, la frontière entre politique et divertissement s’estompe au fil des ans : la VRT, la chaîne publique donc, ne voit pas malice dans la confusion des genres. C’est si vrai que, lors des communales de 2012, l’auteur de ces lignes s’est retrouvé présentateur d’un test ludique visant à sonder la connaissance de la Belgique francophone de Maggie De Block, d’Eric Van Rompuy et de Ben Weyts. Un exercice d’autant plus agréable pour les… acteurs politiques concernés qu’ils y gagnaient à tous les coups, même en ne sachant pas par exemple quelle était la capitale du Brabant wallon ou qui était Benoît Poelvoorde !

Nihil novi sub sole : lors des élections de 2000, l’émission "Bracke & Crabbé" brouilla déjà les cartes en mélangeant idées politiques et fantaisies ludiques. Et cela eut des répercussions puisque d’aucuns estimèrent que l’alors pas encore député N-VA mais respecté journaliste politique de la VRT et son complice Ben Crabbé avaient ouvert un boulevard électoral à Freya Van den Bossche, qui devint d’emblée échevine gantoise puis bien trop vite ministre fédérale. Bracke et Crabbé ne se limitèrent pas à propulser la jolie Gantoise, ils firent bien pire en donnant la parole à Annemans et Dewinter, les chefs de file du Vlaams Belang qui n’en demandaient pas tant…

Mais n’évoquer que les émissions parapolitiques serait trop restrictif : même en dehors des périodes électorales, les hommes et les femmes politiques flamands ont toujours été très sollicités au nord du pays… En 2002, le député flamand N-VA Kris Van Dijck sonnait le tocsin en constatant qu’en six mois, quelque 82 politiques avaient participé à des émissions non politiques. Si le nationaliste flamand remuait ciel et terre, c’était évidemment parce que pas un des siens n’avait été de la partie alors que, horresco referens, on y vit des politiques francophones ! Geert Bourgeois, l’ascétique ministre des Médias, remit le couvert, voulant soumettre la participation des élus à un code déontologique. Il était soutenu par le président De Wever mais depuis lors, celui-ci n’a plus le moindre scrupule, conscient que ses apparitions médiatiques le servent. Il fut donc un participant récidiviste au "Slimste Mens" et lors des récentes fêtes de fin d’année, il participa à "Zijn er nog kroketten" sur VTM. De manière très politique ! Questionné sur "un président qui utilise des armes chimiques contre son peuple", il répondit : "Assad" avant d’ajouter… "Di Rupo". BDW prétendit avoir fait de l’humour… Soyons sceptiques, comme on dit à Bruxelles : "en gaa geluuft da"