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Cet homme, préviennent d’emblée les auteurs du "Devoir d’enquête" que diffuse ce vendredi à 20h45 La Une sous le titre : "Le pervers aux cent visages" (**), est extrêmement dangereux."

Et, de fait, la litanie des méfaits de Joseph Maltais, gourou de la secte Ecoovie, continue de surprendre, même si ce dangereux personnage est connu de longue date en Belgique. C’est "La Libre" qui l’avait fait sortir du bois fin 1988, époque à laquelle il occupait un château isolé de Tilff, au bord de l’Ourthe, ainsi que de vastes locaux au boulevard Poincaré, à Anderlecht. Locaux dont, pour la petite histoire, il ne réglait pas les loyers.

Tantôt révolutionnaire, philosophe, chef de tribu indienne, écologiste, homme d’affaires, gourou, évêque ou guérisseur, voire trafiquant d’armes ou agent double, selon les moments et les nécessités, Maltais s’est aussi vu en président du Conseil mondial des peuples, comme successeur de Ghandi ou de Martin Luther King ! De là à se faire appeler Maolin Tiam, Norman William, Piel Petjo Maltest ou Saumon ressourçant (si, si ), il n’y avait qu’un pas qui fut souvent franchi. Quant à son compère en escroquerie, Gustave Keteleer - dont il n’est plus question à ce jour -, il n’hésitait pas à apparaître à Bruxelles sous le nom de "prince de Faucigny-Lucinge", en 1988. C’est dire jusqu’où l’arnaque pouvait aller.

Et la folie humaine, avec les adeptes morts de l’absence quasi totale de soins ou de la nourriture trop rare ("Un peu d’huile, c’était de l’or"), avec les parents captifs, les familles déchirées, les enfants violés

Et avec aussi les victimes, comme celles qui, adultes ou non (le viol d’un bambin de 3 ans est même suspecté), admettaient des partouzes homosexuelles démentes pour favoriser la "gestion spirituelle des esprits" car leur chef était le seul "gestionnaire du sperme".

Pour celles de ces victimes qui ont pris conscience de la réalité ("Devoir d’enquête" en a retrouvées), Maltais est désormais et avant tout un charlatan, un "pervers qui porte la mort".

De Bruxelles à Managua

Et le temps n’est pas à l’imparfait : si les exactions de Maltais durent sans doute depuis un demi-siècle, s’il a maintenant 73 ans, il sévit toujours et, indiquent nos confrères, se cache au bout du monde, où il arnaque encore Les images sont là pour le montrer : on n’est plus dans les archives, mais dans le direct. Jusqu’au Nicaragua, où le gourou (que la justice de son pays, le Canada, n’a pas toujours suivi avec suffisamment de clairvoyance, semble-t-il) prospère encore, où il possède hôtel et commerces.

Emission instructive, documentée et percutante, ce numéro de "Devoir d’enquête" vaut le détour. Là, au moins, ce n’est pas de l’abstrait, mais du tangible : on voit ce que secte nuisible veut dire ; on comprend le pouvoir de manipulation d’un gourou ; on réalise ce que son charisme et sa force destructrice peuvent produire