Entretien

Correspondante à Paris

Le journaliste était encore en montage à quelques heures de la diffusion. Dans un sujet d’une demi-heure, Jérémie Drieu explore la "Planète Facebook", véritable phénomène de société qui touche, aujourd’hui, plus de 150millions d’utilisateurs dans le monde. Ce site de réseau social, créé en2004 par trois étudiants de Harvard, permet de retrouver de vieux amis, d’échanger des photos, d’adhérer à des "groupes", de militer pour des "causes", de faire des commentaires sur son "mur" (page d’accueil) ou celui de ses "amis", ou encore de faire de la com’ (voir LLB du 30/5/2008).

Vous rentrez des Etats-Unis...

Nous sommes allés voir l’envers du décor et rencontrer le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, un milliardaire de 24ans. Le petit dernier de la Silicon Valley a maintenant 700employés ! Un journaliste de "Time Magazine" estime qu’à terme, Facebook sera plus rentable que Google. Beaucoup d’observateurs pensent que c’est l’avenir pour la publicité hyperciblée, puisque les informations mises en ligne sur les "profils" sont scannées par Facebook. Heureusement, les "chats" privés et les échanges d’e-mails personnels ne le sont pas, mais en se racontant sur ce site, on devient la cible idéale pour le marketing.

Vous avez aussi enquêté en France. Qu'avez-vous découvert ?

Nous avons cherché à savoir si Facebook permettait de se rencontrer dans la vraie vie. Nous avons découvert que les plus jeunes s’en servent pour se rencontrer, en fonction de leurs affinités musicales, par exemple. L’outil permet de draguer. C’est un peu le nouveau Meetic ! Nous avons aussi filmé un Lyonnais de 23ans qui utilise Facebook pour regrouper 500personnes autour d’une "freeze" (pendant quelques minutes, ces gens se figent sur place, NdlR) . Facebook permet de créer des événements.

Est-ce une menace pour la vie privée ?

On s’y dévoile forcément plus que ce qu’on aurait voulu, à cause des photos ou des informations qu’on laisse sur son "mur". On existe sur Facebook sous sa vraie identité. On peut y indiquer ses convictions politiques ou religieuses. Vous pouvez être "tagué" sur une photo de classe par quelqu’un qui vous connaît. Il faut bien connaître l’outil pour faire les réglages de confidentialité. La plupart des utilisateurs se laissent déborder. Il y a cette histoire d’un jeune homme qui prétexte un problème familial pour pouvoir quitter son boulot plus tôt. Il va, en fait, fêter Halloween avec ses copains, prend des photos pendant sa soirée, les met sur Facebook. Son patron tombe dessus et le licencie. Facebook brouille les sphères familiales et professionnelles. Je conseille d’ailleurs aux gens de faire des listes avec leurs collègues, des listes avec leurs amis...

Il y a aussi tous ces faux profils qui fleurissent un peu partout sur la Toile...

Les proches de Nicolas Sarkozy ont contacté le site pour fermer ses faux profils. Les militants de Ségolène Royal, ou ses opposants, en ont créé cinq ou six. En mettant en ligne de fausses informations sur quelqu’un, on peut régler ses comptes. Cependant, le site est devenu aussi une nouvelle forme de communication. Barack Obama a fait une partie de sa campagne sur Facebook, où il a 3millions de fans. Et les jeunes UMP entendent l’utiliser comme un outil pour la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en2012.