C’est sans doute le groupe audiovisuel le plus compliqué en France ! Nous devons faire face à une crise structurelle de l’entreprise, à une crise des ressources avec la baisse de la publicité et du financement public, à la révolution numérique ainsi qu’à un morcellement des audiences. On a tout cela à gérer dans un groupe de 10 000 personnes", défendait ce lundi sur le Figaro.fr Thierry Thuillier, directeur général délégué à l’Information de France Télévisions, et directeur de l’antenne de France 2.

Fusion des rédactions

Il y a peu, un audit alarmiste sur l’état de santé de l’entreprise publique, réalisé en mars par le cabinet indépendant RH Emergences, était publié par "L’Express". Dans "Le Figaro", Rémy Pflimlin, le patron de France Télévisions, était monté au créneau : "Nous sommes sur des transformations lourdes, qui demandent du temps, qui sont complexes. J’en ai ras-le-bol des pompiers pyromanes !", lançait-il, affirmant que la "situation s’améliore parce que, en mai 2013, nous avons signé avec l’ensemble des syndicats un accord collectif qui encadre enfin l’entreprise unique et son organisation", et "parce qu’à la fin du mois de juin, nous aurons réglé les problèmes liés aux contrats de travail. Pour la première fois de l’histoire de France Télévisions, tous les contrats seront harmonisés".

Une harmonisation qui se traduit notamment par la création du PC Info, "une tour de contrôle qui permet de fabriquer toutes les éditions - JT, magazines, numérique - sans distinction de chaînes", expliquait Thierry Thuillier. Cette fusion technique n’est qu’une première étape dans le programme Info 2015, avant que se mette en place en quelques années la fusion des rédactions. "Même si la rivalité existe entre journalistes de France 2 et France 3, ils devront travailler ensemble. Nous aurons des équipes dédiées à France 2, France 3 et au numérique, qui travailleront dans un esprit de groupe. On ne créera pas une énorme newsroom où 600 personnes feront la même chose", ajoutait le patron de France 2.

Malaise et dépressions

N’empêche. Si le dernier plan de départs volontaires, qui n’arrange pas le climat, a été réduit de 361 à 340 postes et si les négociations ont avancé sur l’amélioration des mesures d’accompagnement, le rapport rédigé à la demande du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail de France Télévisions fait état des "difficultés des salariés à trouver leur place dans les réorganisations successives", voire de dépressions ou de tentatives de suicide…

Dans le cadre d’un entretien sur la couverture des Européennes (à découvrir dans nos pages jeudi), David Pujadas tempère : "Sans parler pour l’ensemble du groupe, ce qui serait présomptueux, je ne ressens pas ce malaise à la rédaction de France 2. Mais si la chaîne a une bonne image, elle n’est pas à l’abri de cette évolution globale du monde du travail où la responsabilisation et l’individualisation sont beaucoup plus fortes, avec des avantages parce qu’on peut s’exprimer plus, mais aussi des inconvénients, parce qu’on est plus sous pression. Ces changements sont encore plus problématiques dans ces entreprises publiques qui ont été habituées à fonctionner d’une certaine manière et qu’on peut trouver en décalage".