C'est une fiction formidable, de celles qui abreuvent le cerveau humain. D'aucuns la jugeront un peu bavarde, mais c'est le genre qui veut cela. En choisissant de reconstituer le procès intenté en 1633 par l'Inquisition à l'homme de sciences Galilée, il fallait en effet s'attendre à divers échanges d'arguments face à celui qui osait prétendre que «la terre pourrait ne pas être au centre du système solaire». Une théorie jugée hérétique par une partie de l'Eglise malgré l'amitié et l'intérêt que lui porte le pape Urbain VIII (interprété par Jean-Pierre Marielle).

C'est par amitié pour celui-ci et par goût pour la recherche que Galilée se charge de rédiger un ouvrage contradictoire sur les mouvements des planètes. Galilée est alors accusé d'avoir pris parti pour la théorie de Copernic, plaçant le soleil au centre de notre univers, rejetant celle d'une terre immobile et centre du monde, énoncée depuis l'Antiquité par Ptolémée...

«Avant de placer l'homme au centre de son système de planètes, Dieu a voulu l'éprouver, le tester pour qu'il rachète ses fautes (le péché originel), c'est cohérent», l'entend-on notamment murmurer. Et quelle plus belle preuve d'amour Galilée pouvait-il donner qu'en cherchant, dans la foi, l'explication aux phénomènes constatés au fil de son étude? Pourtant, à l'époque, ses «frères catholiques» ne l'entendaient pas de cette voix... La fiction montre ainsi les pièges tendus par dominicains et jésuites ligués contre ce qu'ils jugent être une menace pour l'Eglise...

«En rencontrant Galilée, explique son interprète Claude Rich, j'ai découvert un personnage très fort, une âme pour qui la recherche de la création rapprochait l'homme de Dieu. Je suis bouleversé par la passion et la violence avec lesquelles il s'est jeté dans des expériences qui l'ont mis en danger de mort.»

«J'espère que vous trouverez du plaisir dans ce film et que vous apprendrez beaucoup de choses sur les sciences et sur la tolérance», glissait le producteur Jean Nainchrik quelques minutes avant le début de la projection. Quelles que soient les licences prises par la fiction, c'est en effet le cas. «Je suis scientifique d'abord, occasionnellement j'ai été ministre de l'Education nationale et, pour moi, cette aventure a été un véritable conte de fées, explique Claude Allègre, devenu scénariste le temps d'une fiction. Je m'imaginais l'avocat de Galilée. Comme beaucoup de scientifiques de l'époque, Galilée pensait que la science était le meilleur moyen de se rapprocher de Dieu: en connaissant à fond les lois de la nature, on ne peut que mieux en apprécier le créateur, pensaient-ils. C'est donc un film qui lutte contre l'opposition stérile entre sciences et foi.»

Astronomie pour débutants

Une fiction d'autant plus délectable que l'on en ressort avec l'impression très agréable d'être devenu un crack en astronomie et en physique moderne, capable d'expliquer en mots simples les forces de gravité et d'inertie, démonstrations à l'appui!

Dans cette fiction aérienne, simplicité et poésie du propos convergent pour livrer une démonstration limpide et brillante. Mais bien au-delà de la beauté de la science - mise en avant avec talent -, le film de Jean-Daniel Verhaeghe permet, aussi, à Claude Rich de livrer l'une de ses plus belles prestations.

Ecartelé entre la force de sa foi et la justesse et la rigueur de ses recherches, Galilée chercha toute sa vie à mieux connaître le monde et à y découvrir les rouages du dessein de Dieu. Dans ce rôle d'un homme tenaillé par ses deux passions, la justesse de Claude Rich est confondante.

© La Libre Belgique 2006