Le Comité permanent de la RTBF - l'instance qui regroupe les plus hauts dirigeants de l'entreprise publique autonome - a pris connaissance jeudi d'une note sur la politique sportive de Reyers. Avec un accueil «unanimement positif», nous assure-t-on, à charge pour la direction d'en appliquer les conclusions aussi vite que possible...

Le document, dont nous avons pu prendre connaissance en primeur, avait été commandé par le conseil d'administration au directeur de l'information, Jean-Pierre Gallet. C'était au début du mois d'avril dernier, au lendemain de la démission tonitruante de Roland Bruneel, rédacteur en chef du service des sports. Une démission révélatrice de maux typiquement «ertébéens» : sous-régionalismes, incohérences éditoriales, hiérarchie paralysante,... Afin d'y voir plus clair, les administrateurs avaient confié à M. Gallet une mission de déminage.

LES COPAINS D'ABORD?

Le directeur de l'info dresse, en l'espace de cinq pages, un diagnostic assez désolant de la manière dont la RTBF assume sa tâche dans le domaine de l'actualité sportive. «Le sport à la RTBF est l'illustration, à la deuxième puissance, d'un certain nombre de maux dont souffre l'entreprise»

Résume-t-il d'entrée de jeu. Et Jean-Pierre Gallet d'énumérer les dérives: une politique liée à l'occupation de «territoires» plus que de recherche de qualité ou de compétence, un effacement de certaines règles déontologiques («parfois à la limite des relations publiques»), un individualisme forcené, la confusion de rôle entre la fonction du commentateur sportif et celle de journaliste «obligé de traquer sur le terrain les travers des idoles encensées quelques jours auparavant» ,... La charge risque de faire mal! D'autant plus que M.Gallet se désole de la faible prise de conscience parmi le personnel du service des sports ertébéen. «Le ton serait plutôt à entonner «Tout va très bien madame la marquise...».»

Le directeur de l'information met ces dérives sur le compte de motifs à la fois externes («Le milieu sportif n'admet dans le cercle de ses confidents que les «copains» qui mangent la soupe et ne crachent pas dedans») et internes (dont l'expérience d'Eurosport 21). Un malaise qui a fini par éclater avec l'affaire Bruneel. «Rédacteur en chef à Bruxelles, écrit M. Gallet, son pouvoir s'arrêtait à la porte d'un bureau que l'on n'avait même pas daigné lui accorder»).

PLUS DE RÉDAC'CHEF À REYERS

Les remèdes du Dr

Gallet? Il suggère trois voies de réflexion. Un: ancrer «de manière durable» le sport dans l'information. Deux: séparer les couvertures sportives en radio et en télévision (même si des collaborations occasionnelles sont souhaitables). Trois: rechercher des structures et des pôles de décision plus harmonieux et plus cohérents.

C'est sur ce dernier point que la note est la plus concrète. Ainsi, Jean-Pierre Gallet estime que la nomination d'un rédacteur en chef des sports à Reyers ne se justifie plus... Par contre, le directeur des sports (André Lembrée, actuellement) devrait être investi - à l'instar du directeur de l'info - du pouvoir d'arbitrer les conflits de compétences entre rédactions, ce «en toute indépendance» et avec le soutien d'un staff de professionnels de la sphère journalistique et de la réalisation. Le pouvoir réel du directeur des sports devrait être précisé, notamment sur le plan des «couvertures majeures», des personnes et des moyens qu'on y affecte.

M. Gallet évoque aussi le rôle joué par les rédactions des centres régionaux. Avec ce constat hallucinant: «Il est bon de rappeler que même les rédacteurs en chef de centres comme Liège ou Mons n'ont quasi aucun pouvoir sur les cellules sportives dirigées par des personnalités parfois à la limite de comportements caractériels». Ambiance!

© La Libre Belgique 2001