Une sacrée belle surprise ! L’un de nos meilleurs artistes actuels en confidences et images sur le petit écran, ce n’est pas courant ! Près d’une heure en compagnie d’un homme modeste, souriant, placide : l’offre est suffisamment alléchante pour partir à sa découverte, ce soir dans "Vlaamse Kaai/Quai des Belges". Ici, pas de phrases ronflantes, pas d’anathèmes sur tel ou tel courant artistique. Toute simple, la rencontre avec un homme qui parle une langue universelle.

Car, s’il est bien né Flamand, Op de Beeck est avant tout un artiste sans frontières. Le propre de tout créateur indispensable. Né en 1969 à Turnhout, Hans Op de Beeck vit à Bruxelles et enseigne à Gand, à l’Académie des Beaux-Arts, après avoir dispensé son enseignement à Sint-Lucas, à Bruxelles. Prix de la jeune peinture il y a une douzaine d’années, cet artiste multiple - peintre, sculpteur, vidéaste, créateur multimédia - est une pointure internationale défendue d’abord par la galerie Hufkens à Bruxelles et la galerie Continua de San Gimignano.

Dans cet excellent documentaire de Rita Mosselmans Hans Op de Beeck : Perfecte Illusies H H H, l’artiste se découvre dans la simplicité des jours. Tout a été pensé et mis en images de la plus belle des façons. Sans falbalas, sans outrances. Au fil des jours et de manifestations un peu partout. Des vues d’atelier et de l’artiste au travail avec ses assistants sont entrecoupées de propos souriants d’un Op de Beeck très à l’aise, d’interventions, courtes et précises de responsables muséaux, curateurs d’expositions et critiques, d’atmosphères. Le tout rythmé, ponctué de musiques choisies, habiles contrepoints aux images.

On y voit un Op de Beeck peignant à l’aquarelle, couché à même le sol pour mieux embrasser d’un seul tenant son très grand papier tendu sur une planche de bois. Et l’on voit mieux ainsi avec quel doigté il dessine et donne corps et vie à ses grandes images emplies de flou, de mystère et de réalité décalée. Le film épouse le climat poétique entourant un homme à ce point loin des fastes et protubérances du milieu qu’il pourrait presque paraître anachronique s’il n’était, justement, plus convaincant encore, juste et vrai. Qui connaît son œuvre, ses vidéos et ses installations, sait combien elles sont frappées d’une poésie discrète. Op de Beeck scrute l’humanité en chroniqueur lucide des aléas journaliers, des rêves et des utopies de tout un chacun, de la banalité quotidienne.

Des réalisations sont épinglées : "Secret Garden", "Location 1,7 ou 8", "Room 1", "Border", "T-Mart", et, impressionnante installation récente, "Sea of Tranquillity" de 2010, qui fit les beaux jours bruxellois d’Argos et nous emmenait en bateau pour une croisière rêvée, emplie d’imprévus. On voit, dans le film, Op de Beeck à la réalisation de sa maquette, construisant quais et docks, et on comprend mieux le processus de décalage qu’il faut au créateur pour confier des vérités à ce qui n’est que transposition.

De plus anciennes pièces sont aussi évoquées. Toutes témoignent de cet art de la métaphore qui confère force, originalité et transparence au travail d’un homme tout en nuances pour rendre compte du monde dans lequel il vit, ou survit. Ambiances insolites, atmosphères nocturnes, silences et musiques.

Surprise ultime : l’entendre chanter et jouer à la guitare une composition personnelle pleine de saveur. L’art d’Op de Beeck crée une indicible magie. Tout en étant de notre temps, il y a chez lui ce surplus d’âme que devrait véhiculer toute expression artistique : la rencontre entre un message, une forme adéquate, une personnalité d’auteur au-dessus de tout soupçon. Cette rencontre avec Hans Op de Beeck est un cadeau qu’il serait sot de ne pas accueillir bras et regard ouverts.

De quoi attendre avec impatience sa prochaine expo. Car si ses maquettes sont chargées d’atmosphères, ses vidéos sont de très sensibles moments d’humour, d’humeurs, d’émotions. Des temps forts pour une soirée télé réussie.

Rediffusion ce vendredi 29 juin à 22 h 50 sur La Deux.