"Imaginez qu’on vous annonce que vous êtes la petite-fille du diable en personne, du plus grand bourreau de l’Histoire… Vivre cela, ce n’est pas descriptible, c’est violent, c’est très dur à accepter." L’air grave, c’est ainsi qu’Elisabeth Loret se souvient du jour où, en 1975, son père, Jean-Marie Loret, lui annonce qu’Adolf Hitler est… son grand-père !

La révélation semble tout à fait invraisemblable, farfelue, insensée. Mais c’est le point de départ du documentaire exceptionnel Hitler, mon grand-père ? H H H H qui tente d’apporter une réponse scientifique à cette filiation supposée.

"Mon père est Adolf Hitler"

Jean-Marie Loret. Voilà un nom qui ne vous évoque sûrement rien. Et pourtant, il y a plus de quarante ans, il apparaît en Une de tous les journaux du monde. Sous le feu des projecteurs, ce Français né pendant la Première Guerre mondiale déclare officiellement : "Mon père est Adolf Hitler. Je ne peux pas le prouver légalement, mais je suis son fils."

Cette annonce fait l’effet d’une bombe dans les médias qui attendent avec curiosité les preuves de cette paternité. Jean-Marie Loret invoque alors pour seule preuve une discussion avec sa mère, Charlotte Lobjoie, qui lui aurait avoué avoir eu une relation avec Adolf Hitler en 1917, dont il serait né. A côté de ces mots, d’innombrables documents (analyses graphologiques, témoignages concordants, radios du crâne, etc.) rassemblés par l’historien Werner Maser complètent son discours et sèment le doute dans le monde entier : le plus grand bourreau du XXe siècle aurait un descendant français.

Mettre fin à ces doutes

Aujourd’hui, l’effet de scoop est retombé et Jean-Marie Loret est décédé. Deux de ses enfants, Elisabeth et Philippe, restent cependant hantés par des interrogations et des incertitudes. L’enquête, jusqu’alors inachevée, ne leur permet pas de démêler le vrai du faux.

Dans ce documentaire, David Korn-Brzoza, le réalisateur, se donne pour mission de mettre fin à ces doutes : "Au début, j’ai refusé de réaliser ce film. Pour le Français que je suis, cette annonce m’a fait froid dans le dos. Mais, petit à petit, j’ai remarqué que les preuves concordaient et qu’il y avait suffisamment de matière pour raconter cette histoire. J’ai alors décidé d’enquêter !" nous explique-t-il. En compagnie du généticien Philippe Charlier, Elisabeth et Philippe partent en quête de la vérité, car seuls des tests ADN leur permettront de savoir s’ils sont ou non les petits-enfants d’Hitler.

Flou entre le réel et la fiction

"Hitler, mon grand-père ?" est le fruit d’un long travail : "Il a fallu deux ans, avec de nombreux assistants, pour confronter les indices. Deux ans pendant lesquels nous nous sommes souvent demandé si Jean-Marie Loret n’était pas tout simplement un affabulateur", raconte le réalisateur-enquêteur.

Et le produit fini est un succès. David Korn-Brzoza parvient habilement à faire l’impasse sur le sensationnalisme a priori inhérent au sujet. Il raconte les faits à la façon d’un thriller, tenant le téléspectateur en haleine du début à la fin, et il lui fait vivre cette troublante sensation de flou qui s’installe entre le vrai et le faux, le réel et la fiction. "C’est mon métier de donner du relief à cette incroyable histoire. Etre réalisateur, c’est être dramaturge", répond David Korn-Brzoza. Cette mise en récit ainsi que l’empathie participent donc au suspense de ce documentaire. Ce n’est d’ailleurs qu’aux dernières minutes du film que le téléspectateur découvrira le fin mot de l’Histoire… 

Un documentaire à voir à 21h55 ce vendredi 28/11 sur La une (RTBF)