Documentaire "Un million de femmes se font avorter chaque année en France. Elles le font dans des conditions dangereuses en raison de la clandestinité à laquelle elles sont condamnées, alors que cette opération, pratiquée sous contrôle médical, est des plus simples. On fait le silence sur ces millions de femmes. Je déclare que je suis l’une d’elles. Je déclare avoir avorté. De même que nous réclamons le libre accès aux moyens anticonceptionnels, nous réclamons l’avortement libre."

Le 5 avril 1971, le Nouvel Observateur lance un pavé dans la mare en publiant le "manifeste des 343". 343, comme le nombre de femmes qui ont accepté de "s’accuser" du délit d’avortement. Si les femmes peuvent, à l’époque, voter, travailler, ouvrir un compte bancaire sans l’aval de leur mari, ou encore prendre une pilule contraceptive, il leur est toujours interdit d’avorter. Beaucoup d’avortements se font, dès lors, dans la clandestinité et 5 000 femmes meurent chaque année.

De nombreux témoignages

Dans ce documentaire à la mise en scène très sobre, et comportant pléthore d’archives, Valérie Jourdan et Adeline Laffitte reviennent sur la genèse de ce manifeste en interrogeant plusieurs signataires. Xavière Gauthier écrivaine, Ariane Mnouchkine, metteuse en scène, Claudine Monteil, amie et biographe de Simone de Beauvoir. Toutes ces femmes s’étaient, d’ailleurs, retrouvées chez l’auteure de l’essai Le Deuxième Sexe pour écrire ce texte.

Le combat du MLF

Parmi elles, il y a, aussi, Nicole Muchnik, journaliste entre 1967 et 1974, au sein de l’hebdomadaire français, qui a eu l’idée de ce manifeste et pris la décision de contacter Anne Zelensky figure du Mouvement de libération des femmes (MLF). Grâce à l’expertise précieuse de l’historienne Bibia Pavard, ce film est aussi l’occasion de rappeler les débats houleux qui ont eu lieu entre les féministes les plus âgées et les très jeunes, mais aussi le courage de toutes ces femmes. Certaines ont d’ailleurs été rejetées par leur famille, quand d’autres ont perdu leur emploi.

Ce manifeste a aussi encouragé des milliers de femmes à prendre la plume pour leur écrire, manifester, et réclamer le droit à l’IVG, finalement obtenu en 1975 grâce à la loi Veil.