Médias & Séries Correspondante à paris

Israël : quand le rêve fait l'Histoire ê ê (à 20h50, sur France 3) est un titre bien gentillet pour décrire la genèse d'Israël. Si, d'aventure, il vous prenait l'envie de créer un nouvel Etat, sachez qu'il vous faudrait vous armer d'un solide courage physique, n'agir que par ruse, vous constituer un réseau d'amis bien placés à travers le monde, disposer d'une poignée d'agents secrets mercenaires et, surtout, ne jamais négliger la communication.

En matière de ruse et de lobbying, le coup fait à De Gaulle est exemplaire. Le 5 juin 1967, après la Guerre des Six Jours qui voit l'attaque surprise par l'aviation israélienne d'avions égyptiens, De Gaulle décrète un embargo sur les armes. Contrairement à ses prédécesseurs, il entend ménager de bonnes relations avec les Etats arabes. Mais les amis d'Israël lui pardonnent difficilement sa décision et sa petite phrase sur ce "peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur". Serge Dassault, le pape de l'aéronautique française d'origine juive, décide alors de contourner l'embargo et de faire sortir ses Mirages. Les avions arriveront en kit dans des caisses contenant officiellement du matériel agricole. Grâce à plusieurs complicités au sein des ministères, des administrations et même de l'armée française, Israël obtiendra les plans des avions militaires. Et elle réussira à les construire, elle-même, sur son propre territoire.

En termes de stratégie de communication, l'Exodus reste un formidable coup médiatique. L'enjeu était de taille : il s'agissait à l'époque de faire voter par l'ONU la création de l'Etat d'Israël. C'est Ben Gourion, surnommé le fils du Lion, qui eut l'idée de l'Exodus. Il avait annoncé à son cabinet sa volonté de prendre le monde à témoin. Et il décida de recourir à un bateau symbole qui frappe l'imaginaire chrétien occidental en faisant de l'Exodus une version moderne de l'épisode biblique. Il récupère donc un vieux rafiot, un bateau à vapeur fluvial venant des Etats-Unis. Conçu initialement pour naviguer sur un lac, il ne peut accueillir que 500 à 600 passagers. Ben Gourion y fait s'entasser 4 600 juifs rescapés des camps nazis, des hommes valides, mais aussi des vieillards, des femmes et des enfants. Et l'Exodus quitte le sud de la France pour rejoindre la Palestine. Après plusieurs jours de traversée dans de mauvaises conditions, il est refoulé à l'arrivée par les Britanniques. Quelques jeunes passagers échappent à la vigilance des soldats anglais pour embrasser la terre promise devant les espacés entonnant l'hymne de l'Exodus. Deux témoins cruciaux assistent à la scène. Deux hommes chargés de mener une enquête qui décidera de la création ou non d'un Etat juif ont été dépêchés par Ben Gourion. Ce qu'ils voient sur le quai les bouleverse...

Sur le plateau de ce cinquième numéro de "Droit d'Inventaire", Marie Drucker reçoit Eli Barnavi, universitaire et ambassadeur d'Israël en France de 2000 à 2002; Robert Badinter, sénateur des Hauts-de-Seine et ancien Garde des sceaux; ainsi que Roland Dumas, ancien ministre des Affaires étrangères. Avec l'historien Max Gallo, ils remontent aux sources de l'utopie israélienne.