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Auteur de "Feminist Fight Club: un manuel de survie pour un lieu de travail sexiste", Jessica Bennet est chargée des questions de parité hommes-femmes au New York Times. Elle était l'invitée de France Inter pour parler de ce métier inédit.

En cette journée internationale des droits de la femme, la rédaction a décidé de s’intéresser à Jessica Bennett, la première "gender editor" du monde. Employée au New York Times, c'est elle qui est en charge d'étendre la couverture médiatique à propos des femmes, du genre et de la société sur toutes les plateformes. Le poste a été créé en 2017. "J’ai commencé la semaine où l’affaire Harvey Weinstein est sortie" explique-t-elle.

"Les gens ne comprennent pas ce que je fais"

Elle l'avoue volontiers, il est difficile d'expliquer son job. "Mon travail est de penser à la manière dont nous traitons les questions de genre et de droits des femmes au sein du New York Times. Il est important de réfléchir à la représentation de la femme ou au traitement de l'information du genre, on couvre bien mieux les questions de harcèlement désormais."

Création, inventivité et détermination sont les maîtres mots de cette nouvelle fonction. "Il faut sans cesse amener de nouvelles idées. Cette année, nous avons lancé une newsletter axée sur les femmes, mais aussi une série de conférences qui se déroulent chaque année pour faire vivre ces questions et sensibiliser davantage de personnes. Plus largement, nous savons qu’il y a un réel problème dans notre lectorat. Davantage d’hommes que de femmes s’abonnent au New York Times" déclare-t-elle aux Inrockuptibles.

Bien que la fonction soit nouvelle au sein de la rédaction, elle a directement pris de l'ampleur car "que ce soit dans les rubriques économie, politique, mode... la question du genre intervient partout. Nous devons finalement travailler avec des douzaines et des douzaines de personnes issues de toutes les rubriques et de tous les supports confondus".

"Je ne suis pas la police du genre"

Devenir "la police du genre" auprès de ses collègues est sa hantise, elle ne corrige pas les articles publiés. "Ce que j’essaie avant tout c’est de couvrir ces questions-là de manière beaucoup plus générale, construire des projets mais personne n'a été formé pour cela".

Elle s'est également beaucoup investie dans les recherches sur l’histoire des femmes et le féminisme français. "Sur le plan juridique la France est plus que progressiste. Il y a des lois pour encourager l’égalité salariale, la parité, lutter contre le harcèlement de rue etc. Nous n’avons pas cela aux Etats-Unis mais en même temps, culturellement, nous sommes beaucoup plus progressistes. Je n’arrive pas à comprendre comment un groupe comme la Ligue du LOL a pu exister pendant des années alors que tout le monde savait".

Elle n'a aucune formule magique ou botte secrète pour convaincre les hommes de l'intérêt de sa fonction, mais, données à la main, elle affirme que "les entreprises fonctionnent mieux lorsqu'il y a autant de femmes que d'hommes qui occupent des fonctions de pouvoir".