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J ézabel " est une websérie au destin peu commun. Un pilote de 26 minutes découpé en 4 épisodes, disponible sur Youtube, a été produit pour trois fois rien en 2013. On y suivait Jézabel, jeune muette, instigatrice d’un groupe de musique. Une de ses chansons fait le buzz sur le net et la jeune fille se fait repérer par une productrice. Mais faire de la musique quand on est muette, cela peut faire sourire. La suite de ce pitch atypique, vu par 2000 personnes, arrive bientôt. Et tant mieux, au vu du résultat du pilote et de l’ambition du projet.

Depuis, "Jézabel" a écumé les festivals et son actrice principale, Hélène Kuhn, a même remporté le prix du meilleur espoir au Festival de La Rochelle 2014. De quoi susciter l’intérêt de France Télévisions et de la RTBF. Plusieurs années après la production du pilote, une saison de 10 épisodes de 5 minutes a été commandée et vient d’être tournée.

Tournage en petit comité

Mercredi 19 octobre, 15h, la gare d’Ostende est traversée par un vent glacial. Une équipe d’une vingtaine de personnes débarque au fur et à mesure pour installer le matériel. L’ambiance est bonne. Comme nous le dira, plus tard, Eric Pellegrin, producteur chez "Bridges", "chacun est motivé par ce projet tout en étant parfaitement conscient" des conditions financières. Les comédiens le confirmeront : mieux vaut être payé tout juste, avoir une super ambiance et une énergie créatrice que l’inverse.

C’est déjà le troisième jour de tournage, sur 11 prévus au total, la troisième et dernière journée à Ostende. Une fois la mise en place terminée, les prises de vue commencent. Les deux personnages principaux arrivent en mobylette, s’arrêtent, s’étreignent et se séparent. Après 5-6 prises ratées en raison du va-et-vient dans la gare (la vie ne s’arrête pas pendant le tournage), le réalisateur est satisfait et l’équipe technique part installer le matériel sur un quai pour la scène suivante.

Une suite inespérée

En écoutant l’équipe, on sent leur enthousiasme immense. Interrogé, Eric Pellegrin parle de ses comédiens avec un air bienveillant mais, surtout, avec admiration. Il aborde aussi la question du choix du média, qui s’est imposé. "C’est une série très musicale. Au début, on s’est fait jeter par toutes les télévisions parce qu’on proposait quelque chose de clivant. On peut se le permettre sur le web, mais sur le petit écran, cela ne passe pas."

Eric Pellegrin se réjouit également de l’arrivée de France Télévisions et de la RTBF, ce qui a permis de débloquer le projet. Le budget est désormais plus conséquent, soit un peu plus de 300 000€.

"On veut mettre ce nouveau mode de consommation en avant sur le web où la liberté est plus élevée qu’ailleurs", souligne Jeanne Nutte de la RTBF. En plus des appels à projets pour les webséries (dont le dernier sélectionné est "La théorie du Y"), la RTBF veut créer un écosystème propice à la création et développer des coproductions internationales. Le challenge avec France Télévisions tombait donc à point nommé. Il ne reste plus qu’à espérer que "Jézabel" contribue au succès de cette nouvelle politique en termes de webséries.