Médias/Télé Correspondante à Paris

Pour la 2e année consécutive, Justine Henin œuvre en tant que consultante pour France Télévisions sur les Internationaux de France de Roland-Garros. Elle y a triomphé quatre fois, en 2003, 2005, 2006 et 2007.

Que ressentez-vous lorsque vous revenez à Roland-Garros ?

De la joie ! C’est un endroit qui, dans ma vie, a eu énormément d’importance, où j’ai vécu beaucoup d’émotions, Et y revenir amène forcément des souvenirs. Cette année, c’est un peu différent. Je suis devenue maman il y a deux mois et demi. Il y a d’autres priorités, mais c’est beaucoup de bonheur à chaque fois d’être là, de voir certaines personnes, de pouvoir commenter quelques matchs. J’aime rester dans le coup, me maintenir en contact avec le monde du tennis et ici, c’est l’endroit idéal pour moi.

Le fait d’être mère vous permet de prendre de la distance ?

Je suis encore dans le monde du tennis, mais ma vie de femme, de maman, me permet de relativiser les choses, de voir où est l’essentiel. En même temps, le tennis m’a apporté beaucoup, m’a appris beaucoup de choses sur moi-même, et m’aide aussi dans mon rôle de maman. Tout cela est étroitement lié. Je pourrai raconter mon histoire à ma fille un jour, tout ce que j’ai vécu ici. Ce sera très riche.

A un jour près, il y a 10 ans, vous avez remporté votre 1er Roland-Garros. C’est hier…

Oui. Et en même temps, il s’est passé tellement de choses depuis. J’ai vécu une métamorphose. Avant je n’existais qu’à travers le tennis. Maintenant, j’existe autrement, loin de tout ça. J’ai le sentiment d’avoir vécu trois vies en dix ans. Cela a été une adrénaline permanente, avec beaucoup de sacrifices, de hauts, de bas On ne mène pas une carrière à ce niveau-là sans une certaine instabilité. Il y a des victoires, des défaites, des moments où on est sous pression. Et tout cela est à la fois très dur, très riche, très beau. J’ai vécu des coups durs, mais je me suis chaque fois relevée. Aujourd’hui, quand je regarde ma carrière, je n’ai pas de manque, parce que j’ai eu la chance de vivre ma passion à fond.

Pas de frustration quand vous commentez les matchs féminins ?

Non, parce que j’ai le sentiment d’avoir tout donné. J’ai eu de la nostalgie, parce que j’aurais voulu que ma carrière soit plus longue. Mais physiquement, avec mon gabarit, j’ai dû travailler deux fois plus que les autres. C’était une compétition permanente, face à des filles plus grandes, plus physiques. Même le fait de ne jamais avoir gagné Wimbledon, bien que j’aie un caractère où je suis en quête de perfection permanente, cela fait du bien d’avoir cette petite chose inaccomplie, qui me permet de m’assouplir un peu.

Restez-vous à distance ou vous sentez-vous en empathie avec les joueuses ?

Je suis encore dans le jeu, mais avec un regard plus extérieur. Je sais exactement par quels sentiments les joueuses passent. Je connais la place de l’aspect mental dans le jeu, je le redécouvre un peu plus cette année, où la gestion des émotions est capitale. J’aime cette partie-là. Je vois dans mon académie de formation des enfants qui ont une très bonne main, mais n’ont pas la tête suffisamment dure. A l’inverse, j’ai des jeunes moins doués, mais qui ont une détermination. Et en général, ce sont eux qui prennent le dessus. Sur le circuit, on peut avoir de grosses lacunes techniques, mais il faut le vouloir par-dessus tout.

Comment avez-vous travaillé cet aspect ?

Mon coach savait communiquer avec moi, m’aidait à retirer le meilleur de moi-même et à prendre confiance en moi, parce que ce n’était pas ma spécialité. J’ai travaillé avec des outils qui m’étaient propres. Il faut prendre des claques parfois, gagner de la confiance en soi petit à petit, et se remettre en question en permanence. Avec les avantages et inconvénients que ça comporte, parce qu’on est dans une bulle, on ne pense plus qu’à ça.

Comment voyez-vous l’évolution du tennis ?

D’une manière globale, le niveau de jeu ne cesse de monter. C’est un tennis où on tape dans la balle plus fort, où la tactique a un peu moins d’importance que le physique. On peut quand même avoir un peu de variations, avec Sarah Errani, par exemple, qui joue avec la surface, alors que la majorité des filles jouent sur terre battue comme on joue sur dur. Moi, j’aime les oppositions de style. Et je suis plus attachée au tennis masculin

Un pronostic ?

Sharapova et Williams en finale. Et chez les hommes, c’est impossible de le dire. Ce sera difficile pour Tsonga en demi-finale.