Médias/Télé On sait que la Norvège a - en partie - troqué sa bande FM pour la Radio numérique terrestre (RNT). Mais saviez-vous que le gouvernement belge envisage la même démarche pour 2017? Entretien.

Dans le coup" depuis "plus de 20 ans" - ses "aventures radiophoniques" ont débuté en 1980 - Michael Tolley est "un empêcheur de tourner en rond". Formé en ingénierie, doctorant en sciences appliquées, l’administrateur de Radio Air Libre évoque l’avenir numérique des radios francophones. Il estime que le gouvernement "va trop vite".

Quelles sont les perspectives d’avenir des radios indépendantes ?

Le rapport du CSA met en évidence plusieurs choses. La bonne santé des gros réseaux qui font des bénéfices assez plantureux et une bonne santé relative des radios indépendantes. Le CA est une chose mais il y a aussi le coût des emplois, de la location des locaux, etc. Pour les radios indépendantes dont les comptes sont à jour, elles sont souvent en déficit et fonctionnent grâce à des emprunts. Il y a 30 ans que ça dure pour certaines d’entre elles.

Pourront-elles passer au numérique ?

Sur les 74 radios indépendantes, une quinzaine auraient les moyens de s’équiper pour passer seules au numérique. Il y a aussi des économies d’échelles possibles dans la mesure où elles peuvent se regrouper (à 10 ou 12) sur un émetteur. A Bruxelles ou Liège, ce n’est pas un problème. Mais pour les zones rurales, on ne trouvera jamais 10 à 12 radios à mettre sur un même multiplexe. C’est comme si on construisait une autoroute à douze bandes mais qu’on n’autorisait la circulation que sur l’une d’entre elles. Et même au niveau des agglomérations, ce n’est pas évident de regrouper des radios qui ont des options philosophiques parfois très différentes, voire opposées.

Des tests ont-ils été réalisés ?

Oui. Des simulations de ce que serait la couverture DAB+ bruxelloise des radios indépendantes montrent que 11 communes sur 19 ne seraient que partiellement desservies, y compris en mode mobile. Il s’agit de simulations effectuées par des spécialistes suisses indépendamment de tout lien avec les radios de la Fédération Wallonie Bruxelles (FWB) pour le compte du CSA. Le problème, c’est que ce nouveau plan de fréquence a été créé sur base d’éléments présentés par la RTBF et les réseaux commerciaux (NRJ/Nostalgie et RTL, NdlR). Et sur ce plan-là, on a greffé un plan pour les radios indépendantes. Or, avec ce qu’il reste, on ne peut pas répondre à leur demande, à leurs besoins. En attendant, des financements ont été débloqués pour la RTBF qui va gérer le réseau et qui a déjà passé les appels d’offres pour les émetteurs. Ils vont de l’avant et ils y vont un peu…

Au forcing ?

Oui, un peu. On n’a pas respecté ce qui avait été préconisé par le Plan stratégique de transition vers le numérique (PSTN) qui recommandait de former un groupe technique qui pourrait assister le gouvernement dans ses décisions. Nous ne sommes donc jamais arrivés à une structure harmonieuse. Or, il est possible de la trouver. On pourrait satisfaire toutes les demandes, faire un découpage à la carte, de manière très pointue. Ça demande du temps, de la volonté mais ça pourrait permettre à la Belgique d’être à la pointe.

Qu’en est-il de l’écoute en Norvège, qui est passée au DAB+ il y a un an ?

Il y a un an, il y a eu un gros coup médiatique concernant la Norvège. Partout dans le monde, une dépêche a circulé disant que la FM allait s’arrêter. Ça a été fortement mis en avant par les gens qui veulent promouvoir le DAB+. A présent, il y a une très forte réticence des Norvégiens. Un récent sondage montre que 65 % d’entre eux sont opposés à l’extinction de la FM. Seulement 16 % y sont favorables, les autres sont indécis. Des voix se font également entendre au niveau commercial car ils se rendent compte qu’on va se retrouver avec des problèmes de financement des radios commerciales. Au niveau du Parlement aussi, on freine la machine. La Finlande a abandonné le DAB en 2005. Et la Suède aussi.

Il semble toutefois que ça fonctionne à Malte.

Oui, c’est l’exemple type d’un territoire ou ça peut fonctionner parce qu’il y a une concentration d’habitants sur un petit territoire et on ne gêne pas les voisins. Malte est le premier pays à avoir démarré le DAB+ en Europe en 2008. Ils ont rapidement couvert 100 % du territoire et ont atteint une audience de 40 %. Or elle est toujours de 40 %. Le reste est toujours en FM. Le nœud du problème, ce sont les nouveaux contenus qu’il faut créer, sinon pourquoi passer à la DAB + ?

Parce que la qualité d’écoute est meilleure ?

Il y a des controverses à ce niveau-là et des exemples frappants qui prouvent le contraire. C’est vrai que la qualité est excellente si on met peu de radios sur un multiplexe, si on prend une bande passante pour chaque radio. Mais plus on met de radios, plus ça se dégrade. Les experts de la Commission européenne eux-mêmes ont écrit noir sur blanc qu’on ne peut pas s’en tirer avec une seule technologie.

On va trop vite ?

Oui parce que la situation n’est pas mûre au niveau du coût du matériel, de la technologie elle-même. Un autre mythe, c’est la gratuité. Sauf que les gens payent la redevance en Wallonie, il va falloir s’équiper dans la maison, dans la voiture. Et les récepteurs portables consomment plus d’énergie. Ce n’est donc pas parce qu’il n’y a pas d’abonnement qu’il n’y a pas de coût du tout. Si on devait réaliser une étude sur le coût du passage à la DAB+ en Europe, je ne suis pas sûr que les citoyens y seraient gagnants d’un point de vue économique et écologique. Mais encore une fois, cette étude-là n’a pas été faite de manière sérieuse.


Repère technique

RNT, DAB +, DRM +, Késako ? Il existe deux modes de diffusion de la radio numérique : via Internet (IP) ou via la radio numérique terrestre (RNT). Pour la RNT, il existe évidemment différentes normes dont le DAB + et le DRM +. Le cabinet Marcourt semble opter pour la première. Soit le DAB/DAB +. Or avec la DAB +, près de 50 % des radios indépendantes (et des éditeurs privés) pourraient disparaître, affirmait récemment la Coordination des radios associatives et d’expression (Craxx). Cette dernière prône la coexistence de la DAB + avec une autre norme, qu’elle affirme moins coûteuse. En l’occurrence, la DRM +.