L’ancien administrateur général est décédé à l’âge de 98 ans.

C’est une personnalité éminente de la RTB(F) qui est partie, lundi soir, sur la pointe des pieds, à deux mois de son 99e anniversaire.

Passionné de musique, Robert Wangermée, qui avait vu le jour à Lodelinsart, a passé quatre décennies dans le service public de radio-télédiffusion, place Flagey puis au boulevard Reyers.

Entré à l’Institut national de radiodiffusion (INR) en 1946, il y dirigea le service musical puis créa le troisième programme, spécialisé dans la musique classique. On lui doit aussi la retransmission en direct du Concours Reine Élisabeth. Avant de gravir d’autres échelons importants : il devint administrateur-général de 1960 à fin 1984, avant de présider le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) et le Conseil de la musique.

Sa passion de la musique classique a percolé au travers de Musiq’3. Puis, en 1992, à l’initiative de Jean-Maurice Dehousse, alors président du Foyer culturel Les Chiroux (Liège) et du directeur de l’Institut Jules Destrée, Philippe Destatte, Robert Wangermée se retrouva parmi les cent Wallons emblématiques du XXe siècle.

L’indépendance

Une belle manière de rendre hommage à son action au service des médias de service public, dont il a toujours défendu l’indépendance. Jusqu’à son ultime souffle, Robert Wangermée aura été, selon l’actuel administrateur-général de la RTBF, Jean-Paul Philippot, "une pièce maîtresse dans la défense de la création belge francophone".

Mais ce fut surtout à la RTBF qu’on put vraiment j(a)uger sa personnalité hors norme. Comme le souligna feu Marc Moulin, lui-même éminente personnalité de la RTBF, dans un ouvrage de Bernard Hennebert : "Il fut le seul à marquer vraiment, parmi les administrateurs généraux de la RTBF. Comme docteur en philosophie et lettres, professeur à l’ULB et musicologue chevronné, son profil était bien incongru, à l’ère des cadres commerciaux." Et de rappeler ses exigences en matière d’originalité, de qualité absolue et d’information dérangeante.

"À cette époque, le maccarthysme n’était pas si loin, et les incessants procès en gauchisme dont l’info RTBF faisait l’objet au sein du public bien-pensant et de certains milieux ont dû, inconsciemment ou non, rappeler à Wangermée à quels désastres la perméabilité des patrons de presse et de communication aux mondes politique et commercial avait condamné l’Amérique."

Marc Moulin précisait encore que Wangermée était "de mouvance (mais pas d’obédience) socialiste et a imposé l’indépendance totale de son entreprise. Par le respect. […] Il a promu le pluralisme et l’impertinence dans l’information. Aujourd’hui, on se contenterait déjà de la pertinence. Après Mai 68, il a lancé des cellules contestataires où s’agitaient les zozos de la RTBF dans des débats internes aussi sérieux que joyeux".