L’OMS est sous-financée. Dans les années 1970, son budget était encore composé à 80 % des cotisations obligatoires des Etats membres qu’elle pouvait utiliser comme elle le souhaitait. Les 20 % restants provenaient de versements volontaires destinés à un usage précis. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Manifestement, les pays membres ne veulent pas d’une OMS forte et ont gelé les fonds dont l’organisation peut disposer librement. Ils préfèrent verser des contributions volontaires, parce qu’ils peuvent décider eux-mêmes de leur affectation. Les organisations non gouvernementales pointent du doigt ce problème depuis longtemps", dénoncent sans ménagement Jutta Pinzler et Tatjana Mischke. Les réalisatrices de "L’OMS : dans les griffes des lobbyistes" H H H, à 20 h 50, sur Arte, démontrent ainsi que les versements volontaires proviennent essentiellement d’Etats qui servent leurs intérêts nationaux, mais aussi d’institutions privées et de l’industrie pharmaceutique qui servent leurs propres intérêts. Une grande enquête qui fait singulièrement vaciller notre confiance en cette grande institution basée à Genève.

Clairement, l’OMS serait sous influence de lobbys. A ce titre, les réalisatrices épinglent la gestion de la grippe porcine H1NI. En 2009, l’OMS a déclaré la pandémie. Une décision contestée tout comme les médicaments préconisés à l’époque. Durant l’épidémie, les laboratoires pharmaceutiques ont gagné des milliards d’euros. La marque Tamiflu du laboratoire Roche a été recommandée et figure toujours sur la liste des médicaments essentiels de l’OMS. Mais des experts jugent ce remède sans effet.

Conflit d’intérêt avec Monsanto

La fondation Bill et Melinda Gates a versé plus de 2 milliards de dollars à l’OMS depuis la fin des années 90. Ce qui expliquerait la position ambiguë de l’OMS sur le glyphosate. La molécule active du désherbant Roundup de Monsanto est considérée "sans danger" en dépit des victimes de l’herbicide et des études le classant comme une substance "probablement" cancérigène. "Qui imaginerait le Conseil de sécurité financé par l’industrie de l’armement ? Pourtant, de grands laboratoires pharmaceutiques contribuent au financement de l’OMS. De même, son principal donateur, la fondation Bill et Melinda Gates, dont on ne peut nier les activités caritatives, constitue par ailleurs l’un des plus grands promoteurs des OGM dans le monde", dénonce l’avocate écologiste Corinne Lepage, ancienne ministre française de l’Environnement.

Conflit d’intérêts avec le nucléaire

L’OMS est liée à l’Agence internationale de l’énergie atomique par une convention datant de 1957. L’AIEA souhaite promouvoir le nucléaire dans le monde. Tandis que l’OMS, institution de l’Onu créée en 1948, est chargée de gérer, à l’échelle de la planète, les questions de santé et de sécurité sanitaire. Pourtant, l’OMS, ne peut ni agir ni informer, dans le domaine nucléaire, sans l’accord préalable de l’AIEA. "D’où peut-être cette incapacité à obtenir des chiffres convenables concernant les accidents nucléaires. Ainsi, trente ans après Tchernobyl, nous ne disposons toujours d’aucune étude homologuée par l’OMS sur les conséquences sanitaires de la catastrophe", révèle Corinne Lepage. Dans ce contexte, la santé publique reste-t-elle la priorité absolue de l’OMS ?