Plusieurs cas d'atteintes à la liberté de la presse ont été enregistrés en Belgique depuis 2014, selon un décompte de l'Association des Journalistes professionnels (AJP) divulgué mardi dans un rapport de la Fédération Internationale des Journalistes (FIJ) à l'occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse. 

Parmi les incidents rapportés par l'Association, notons l'agression physique d'une équipe de la chaîne RTL-TVi dans les rues de Molenbeek le 15 janvier 2016, l'agression à caractère sexuel contre une journaliste de la RTBF en reportage à Cologne en Allemagne le 5 février 2016 ou encore la tentative avortée en novembre 2015 d'interdire la diffusion dans le magazine Médor d'une enquête concernant la société pharmaceutique Mithra.

Par ailleurs, plusieurs photographes de presse ont été malmenés par la police lors de la manifestation nationale du 6 novembre 2014 à Bruxelles. L'entrée leur a également été refusé en octobre 2015 aux abattoirs d'Anderlecht à l'occasion de la fête musulmane de l'Aïd-el-Kebir. Plusieurs site internet de journaux d'informations ont aussi été piratés dans le courant du mois d'avril 2015. Enfin, l'Association rapporte plusieurs cas de refus direct d'accès à des informations publiques, des menaces de coupures de financement de la chaîne publique flamande VRT par des personnalités politiques de la région, ou encore la condamnation du rédacteur en chef du Morgen devant la Cour d'appel d'Anvers pour un éditorial jugé non conforme à la vérité.

Ces atteintes à la liberté de la presse en Belgique sont énumérées dans un sondage mené dans plus de 20 pays par la FIJ, et qui compile les abus perpétrés à l'encontre de la liberté des médias et des droits des journalistes.

Selon cette étude, la plupart des répondants font état d'une aggravation de l'état de la liberté des médias dans leur pays. L'autocensure est également largement répandue, en raison de l'impunité, des attaques physiques et de l'intimidation dont sont victimes les journalistes. Ainsi, au Pérou, l'impunité pour les meurtres de journalistes demeure absolue. Depuis 1983, 61 cas restent non résolus. En Grèce, la crise économique et les manifestations sociales ont conduit à un nombre croissant d'attaques physiques et politiques envers des journalistes.

Les affiliés de la FIJ ont également rapporté un nombre croissant de succès en raison de leurs campagnes et de leurs activités. Outre la victoire obtenue en Belgique par le magazine Médor, l'enquête cite notamment la victoire des photojournalistes espagnols qui se sont réunis pour fournir des preuves qui ont permis la poursuite d'un agent de police accusé d'avoir attaqué le journaliste Xavier Gomez. Au Royaume-Uni, le syndicat a obtenu des excuses publiques de la police après que cette dernière a arrêté et fouillé 9 journalistes couvrant un événement public. En République démocratique du Congo, l'assassin du journaliste Soleil Balanga a été reconnu coupable.

"Cette enquête de la FIJ constitue un bilan choquant des violations de la liberté de la presse et montre le manque de volonté déplorable de la part de trop nombreux gouvernements et autorités d'agir pour défendre les journalistes. Mais ce travail montre également que les syndicats de journalistes font en sorte qu'il n'y ait aucune tolérance pour ceux qui agressent les journalistes ou nuisent à la liberté des médias", conclut le Président de la FIJ, Jim Boumelha, qui s'est également engagé "à poursuivre inlassablement tous ceux qui intimident, menacent ou attaquent nos collègues, nos droits et nos libertés".