Stéphanie Pillonca part de la danse pour explorer l’amour avec des personnes handicapées. Arte, 22h50.

Lorsque Thomas danse, son corps semble se libérer. Comme si la muraille dans laquelle cet infirme moteur et cérébral est enfermé depuis toujours explosait. Pour laisser entrevoir l’amour qu’il a à donner, et à recevoir. Immense. Souvent contenu. Même s’il a pu trouver en Maxime une âme sœur, provisoire. Lorsque Thomas danse, l’émotion déferle. Indomptable. Mais il ne danse pas seul. Dans le cadre de l’association "Au nom de la danse" à La Farlède, une petite commune varoise, les valides partagent la scène avec les handicapés, selon le principe de la "danse inclusive".

Après Je marcherai jusqu’à la mer, Stéphanie Pillonca signe un nouveau documentaire sur le handicap. Laissez-moi aimer est une nouvelle ode à l’ouverture, à l’accueil. Sur les planches, une banderole proclame : "7 milliards d’Autres". Tous différents. Tous riches d’une singularité digne d’être appréciée, regardée.

Aurore, qui souffre d’une maladie de peau, chauve, des taches sur le corps, a appris à se réapproprier son corps, et à faire, un peu, la paix avec son image, grâce à la danse. Elle s’est aussi autorisée à aimer et à être aimée. Son compagnon, Pierre, victime d’un AVC, a accepté pour elle de s’inscrire au cours de danse. Et lui aussi relève à chaque fois le défi d’offrir du rêve. De susciter, en outre, une empathie et une admiration pour la bienveillance dont il fait preuve au quotidien.

Un trait d’union

Ce documentaire n’est pas un film militant. C’est une rencontre. Une découverte de ces Autres qui sont désormais plus proches. Grâce au trait d’union que constitue la danse. Entre deux mondes. Entre deux univers qui finissent par ne faire plus qu’un sur scène. La réalisatrice suit Cécile Martinez, la prof de danse, accompagnée de son fils Thomas, à Montréal, où l’association "Au nom de la danse" a fait des émules. Au micro d’une radio locale, qui s’intéresse à la différence, celle-ci explique que grâce à la danse, les handicapés "se sentent regardés comme des danseurs à part entière".

Stéphanie Pillonca s’immisce dans les vies d’Aurore, de Pierre, ou de Thomas, capte leurs gestes tendres, leurs échanges de regards. Avec pudeur et délicatesse. Une qualité supplémentaire de son documentaire, qui montre le réel sans commentaire ni jugement : il n’occulte pas les souffrances, les difficultés de couple, les petits accrochages, les possibilités de rupture inhérentes à toute relation amoureuse. Sur ce terrain de l’intime, rien ne distingue les handicapés des valides.