C'est une page qui se tourne. A l'image de la retraite de Vincent Kompany chez les Diables, c'est un autre grand nom du sport qui tire sa révérence. Même si officiellement il profitera d'un repos bien mérité en décembre, Michel Lecomte a fait ses adieux sur le plateau d'une émission qui lui permit de revenir sous le feu des projecteurs. Une nouvelle mouture qui se rapproche davantage d'une configuration traditionnelle, avec les chroniqueurs réunis autour du présentateur. Une belle tribune pour le patron des sports qui pourra profiter des lundis soirs en compagnie d'un des autres monstres sacrés de l'émission, à savoir le sémillant Marcel Javaux qui a sifflé la fin de la partie. Les deux hommes ont reçu de nombreuses marques de reconnaissance et d'affection. " Un petit coucou", lance Eden Hazard. " Merci pour toutes les émissions, j'ai pris du plaisir à les regarder."

L'homme a les yeux qui brillent. L'occasion est belle de lui demander ses trois souvenirs. Il ne peut occulter son commentaire à la coupe du Monde 1990. La voix joyeuse du Namurois fait naître des frissons sur le bras des passionnés. L'homme commente la victoire des Diables contre la Celeste. "C'est mon premier commentaire des Diables sur place à la coupe du Monde", lance Michel Lecomte. "Scifo, Ceulemans... La Belgique est à 10 et elle mène 3-0."

Le journaliste évoque également la dramatique élimination des Diables au Japon, volés contre le Brésil et la non-chalance de l'équipe de l'Euro 2000. Sans oublier ses passes d'armes avec le regretté Robert Waseige. "Elle était mieux cetté époque-là, on y voyait les Philippe Albert à poil sous la douche. C'était mieux pour notre métier de pouvoir entrer dans l'intimité du vestiaire."

"Michel voulait mettre les acteurs du football en valeur et pas lui. Il avait cette envie de faire quelque-chose de bien", résume un autre grand Michel (Preud'homme). Entre gardiens, les deux hommes s'apprécient.

Croqué par Pad'R, rhabillé par Alex Vizorek et Guillermo Guiz, imité par son plus proche collaborateur de son club d'Arquet, l'homme compte vivre le football autrement à présent.

Une vague d’émotions déferle sur les téléspectateurs, avec l’arrivée d’Eddy Merckx, de Marc Delire et de Roger Laboureur notamment. "Il n’avait pas énormément de talent », taquine ce dernier, en évoquant son ami Michel Lecomte à qui il a mis le pied à l'étrier. « C’est un espoir pour la jeune génération"

Le concert de louanges reprend, avec Justine Henin : "Je voulais te remercier du fond du coeur pour ton amour du sport, ta bienvaillance, ta générosité et ton sens de l’humour", surenchérit l'ancienne championne de tennis.

Benjamin Deceuninck laisse sa place une dernière fois à son mentor, pour lui permettre de lancer un ultime grand débat sur l'avenir du Sporting de Charleroi. L'homme est à son aise. Tel un chef d'orchestre, il offre un récital de haut vol, dont il a le secret.

Aux côtés du jeune et hirsute Philippe Albert, une nouvelle séquence permet de rappeler les formidables qualités d'intervieweur de Michel Lecomte. Mais l'homme est plus à l'aise dans la peau de l'intervieweur que de celle de l'interviewé, comme en témoigne son mythique fou rire en compagnie de Marc Delire.

"Michel est quelqu'un de vrai qui aime faire la fête, il a fait énormément pour le sport belge, notamment le football", lance Eddy Merckx, avec humour. "C'est un type bien."

Javaux et ses cartons !

L'humour prend la place de l'émotion, avec l'arrivée de Marcel Javaux. L'ancien arbitre belge devenu l'un des consultants les plus emblématiques de l'émission reçoit à son tour de nombreux témoignages. En treize ans de Tribune, l'homme a accumulé les cartons, avec son franc-parler d'Ardennais. Mais cela ne lui a pas coupé le sifflet pour autant. Avec un point de vue bien tranché, il a offert un éclairage précis et ludique sur le rôle de l'homme en noir. "Il pouvait parler de l'arbitrage avec une touche d'humour, car il était proche du public", résume Frank De Bleeckere, l'un des plus grands arbitres internationaux.

Marcel Javaux ne pouvait pas quitter la Tribune sans une dernière séance d'arbitrage et quelques tacles savoureux. Le tout arbitré par son comparse, Benjamin Deceuninck. La relève est assurée pour la province du Luxembourg, comme l'ont promis Timothy Castagne et Thomas Meunier.

Un climax plus tard sur les invités et les chroniqueurs de Michel Lecomte, l'émission touche à sa fin. L'occasion de revoir les fameuses envolées de Stéphane Pauwels, notamment. "Je ne renierai rien, car chaque personne a contribué à cette émission", explique le journaliste.

Le témoignage de ses proches a fait naître quelques larmes dans les yeux du chef des Sports, cachées derrière ses lunettes rondes.

L'administrateur délégué de la RTBF, Jean-Paul Philippot lui a également rendu hommage : "un homme d'équipe, dur à la négociation, gentleman et obstiné. Il a toujours eu le souci du juste prix, du sport, des athlètes et de la compétition de qualité." Mais il n'y a pas eu de fumée blanche concernant le successeur de Michel Lecomte. Il faudra encore attendre quelques semaines pour connaître son nom.

"C'est le moment le plus émouvant, celui de vous quitter", a lancé Michel Lecomte. "Merci de votre fidélité, de vos témoignages. Merci à toutes les équipes, notamment les Néerlandophones. (...) Ne pas oublier Rodrigo qui n'était pas là et mes assistants. Je n'oublie pas ma direction. J'ai toujours eu l'oreille attentive car il (Jean-Paul Philippot, ndlr.) a toujours voulu le sport brillant dans la vitrine de la RTBF. Je remercie ma famille de m'avoir laissé faire ce métier jusqu'au bout. Je vous remercie également les amis pour cette soirée. Mais je suis encore là, pour quelques mois. Merci à tous les télespectateurs pour votre soutien, tout au long de ces années. À bientôt."

Après Théo Mathy, Arsène Vaillant et Roger Laboureur, c'est un autre grand journaliste sportif qui a décidé d'éteindre son micro pour s'offrir une nouvelle... voie.