Dans son essai "Le Regard féminin", Iris Brey analyse les films et séries qui mettent en avant l'expérience  des femmes.

La prise de parole d’Adèle Haenel et la controverse autour du César attribué à Roman Polanski ont notamment relancé la réflexion autour de la place des femmes dans le cinéma, français et mondial. Or, il ne s’agit pas seulement de repenser la place des femmes au sein de l’Académie des César mais aussi celle des femmes installées dans la salle, sur lesquelles rejaillissent des images trop souvent univoques.

Points de vue féminins sur le monde

Le fait que la parole et l’expérience féminines soient si souvent minorées, en dehors et sur les écrans, pose en effet question. Comme si la caméra ne pouvait jamais adopter qu’un seul point de vue : celui du mâle forcément "dominant". Au point que certaines, telle l’universitaire Iris Brey, en viennent à se poser la question de l’existence ou plutôt de la survivance d’un regard féminin au cinéma. Et par regard féminin, elle entend un regard qui "adopte le point de vue d’un personnage féminin pour épouser son expérience" dans le film. Pour peu qu’il s’agisse de personnages occupant une place centrale dans la narration, bien sûr.

D’Alice Guy en 1906 (Madame a des envies) à Phoebe Waller-Bridge en 2016 (la série Fleabag), les exemples ne manquent pas. Mais, si ces films ou séries existent depuis l’invention de l’image animée, ils semblent souvent avoir été relégués, liés à une forme de culture souterraine et invisible, note Iris Brey.

Une place dans l’histoire du cinéma

C’est cette invisibilisation que l’auteure entend briser, ce champ d’exploration qu’elle souhaite investir avec force, et talent, en mettant en avant quelques exemples galvanisants. De quoi emballer tous ceux et toutes celles qui ne se reconnaissent pas forcément dans le cinéma majoritaire et dominant.

À (re)découvrir les exemples concrets qu’Iris Brey analyse, le lecteur prend conscience du fait que cette réflexion a d’autant plus de sens que de nombreux téléspectateurs sont des femmes et qu’il n’y a aucune raison que leur point de vue soit omis ou invisibilisé. Cette recherche n’est pas une "nouveauté de l’ère post-#MeToo" mais une étude qui permet d’objectiver les choses, pour les aider à vivre et à s’épanouir dans notre société. Redonner à ces œuvres une place dans l’histoire du cinéma, en faisant le lien entre les œuvres d’hier et celles d’aujourd’hui est l’un des objectifs du livre d’Iris Brey.

L’exemple de "Titanic"

La notion de regard féminin n’est pas à confondre avec l’appellation "films de femmes " car, comme l’auteure le rappelle fort à propos, c’est le personnage filmé qui compte et non le genre du réalisateur. Un homme peut donc filmer un point de vue féminin, comme une réalisatrice peut produire un regard masculin, dominant. Il s’agit d’envisager les corps comme "suj ets agiss ant " , maîtres de l’action, et non comme simples objets de désir. En adoptant le point de vue de Rose dans son film Titanic en 1997, James Cameron adopte un regard féminin sur la vie à bord du bateau, la rencontre avec Jack…

Cette approche ne doit donc pas être ressentie comme une "nouvelle menace" par certains hommes mais comme une réflexion enrichissante qui "ouvre le champ des possibles, en proposant de nouveaux points de vue, de nouvelles expériences à partager". Une nouvelle gamme d’histoires à découvrir qui enrichira notre expérience de spectateur. En offrant notamment l’occasion aux jeunes filles de mieux se projeter dans ces récits et à tous les spectateurs de mieux comprendre tout un pan de l’humanité souvent laissé dans l’ombre.

Non seulement le regard féminin donne envie de revoir un certain nombre de films, mais le livre pousse aussi à réfléchir à la façon de filmer et à celle de raconter les histoires. Deux aptitudes qu’il faudrait exercer de façon consciente dans les écoles de cinéma et la vie de tous les jours.

"Le Regard féminin, une révolution à l’écran", publié par Iris Brey aux Éditions de L’Olivier (252 pp., 16 €).