La RTBF se met sur la sellette

PAR PIERRE-FRANÇOIS LOVENS Publié le - Mis à jour le

Médias/Télé

ANALYSE

Richard Miller aurait-il donc fait preuve de naïveté lorsque, auditionné le 23 janvier dernier par les députés de la Communauté française, il déclara que «confier 75 pc de la production propre aux centres régionaux (obligation coulée dans le contrat de gestion de la RTBF) ne me paraît pas nécessairement avoir de pertinence pratique ou économique» ? Vu le déroulement et l'issue des travaux de la commission parlementaire, on est bien forcé de le penser. Car si la décentralisation/régionalisation a effectivement été soumise aux cogitations des commissaires, il n'en est sorti qu'une assez fumeuse recommandation appelant notre radio-télévision de service public à se souvenir d'une règle de simple bon sens: les cinq centres régionaux de la RTBF (Bruxelles, Namur, Liège, Charleroi, Mons) sont là pour être «au service» d'une programmation définie de façon cohérente et responsable, au regard des moyens financiers et humains disponibles par la direction de l'entreprise, et non pour produire à tout prix des programmes qui, de qualité ou non, se retrouveront à l'antenne au nom de la proximité et des identités sous-régionales.

N'en déplaise au ministre PRL de l'Audiovisuel, le quota des 75 pc a encore de beaux jours devant lui Pour une raison simple: avec les socialistes au gouvernement de la Communauté française, on ne touchera pas à ces «filiales» «vivantes et vivaces» (dixit M.Druitte, patron de la RTBF) voulues et imposées, à la fin des années 1970, par la majorité politique du sud du pays.

AFFAIRE DE GOUVERNEMENT!

L'attachement du PS aux centres régionaux (wallons!) reste profond. Simple illustration: alors que la commission parlementaire planchait au finish et à huis clos sur ses recommandations, on a frôlé le gros incident sur la formulation du paragraphe consacré à la régionalisation de la RTBF. Un représentant PS, nous assure un membre de la commission, aurait tout bonnement menacé de faire du sujet «une affaire de gouvernement»

(sic) si, comme il fut envisagé un court instant, on ne réaffirmait pas explicitement la nécessité de maintenir la référence au quota de 75 pc dans le prochain contrat de gestion de l'entreprise publique autonome. Une référence qui, soit dit en passant, est maintenue dans la proposition de contrat remise par la direction de la RTBF à Richard Miller. Et à moins d'un entêtement de ce dernier, on voit mal comment il en serait autrement dans ledit contrat (dont la finalisation est attendue pour la mi-octobre).

Il serait toutefois erroné de présenter le PS comme l'unique défenseur du statu quo régionaliste de la RTBF. Hormis Ecolo (absent des directions de centres) qui s'est prononcé pour une remise en cause des 75 pc, le PRL et le PSC n'ont que très mollement embrayé sur les interrogations du ministre de l'Audiovisuel. Il est, en particulier, assez cocasse de constater que des libéraux se présentent aussi comme les défenseurs d'une structure ertébéenne à six têtes (les cinq centres régionaux plus Reyers). En marge du débat parlementaire, les députés carolos Olivier Chastel et Véronique Cornet y allèrent d'un communiqué révélateur, appelant «à renforcer le rôle et à assurer les moyens adéquats des centres régionaux () et ceux du centre de Charleroi en particulier». Le Montois Miller a encore du boulot!

C'est probablement l'un des rares terrains où les députés, chargés d'examiner les «maux» de la RTBF, n'ont pu se départir de certains tabous tenaces

© La Libre Belgique 2001

PAR PIERRE-FRANÇOIS LOVENS

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