Le secret autour du processus d'évaluation des membres de la hiérarchie RTBF a fini par se fissurer. Après de longues semaines de rumeurs, nous avons obtenu, hier, auprès des services de Jean-Paul Philippot, administrateur général, la confirmation qu' «un certain nombre d'évaluations négatives» ont été enregistrées à l'issue du processus mené depuis le printemps dernier.

Ce processus d'évaluation, nouveau dans le mode de fonctionnement de la RTBF, a été instauré lors de la nomination, en 2003, de la nouvelle hiérarchie. Chacun de ses membres s'était vu attribuer un mandat d'une durée de six ans, avec évaluation du travail accompli après trois ans. Nous y sommes.

Cette évaluation intermédiaire a fait une première victime: Marianne Nihon, responsable du secteur «jeunesse». «Son évaluation a effectivement été négative et elle n'a pas fait appel de la décision», nous a confirmé le porte-parole de la RTBF. Un appel à candidatures sera lancé prochainement pour lui trouver un successeur.

A notre connaissance, au moins deux autres personnes ont fait l'objet d'évaluations négatives: Jean-Michel Germys (responsable de l'Unité divertissement) et Philippe Walkowiak (chef de rédaction de VivaCité). Mais, dans les deux cas, il a été décidé de leur donner une dernière chance sous la forme d'un mandat prolongé jusqu'à la fin de cette année. Une nouvelle évaluation sera alors effectuée.

La RTBF refuse évidemment de communiquer les motifs de l'éviction de Marianne Nihon. En coulisses, on évoque un manque de leadership et une «incapacité à adopter une approche contemporaine» dans son domaine.

Une autre ligne éditoriale?

Des termes qui résonnent durement au sein d'une équipe «touchée» et quelque peu déboussolée. Car Marianne Nihon n'est pas seulement la débonnaire responsable du service jeunesse, elle est aussi productrice de l'émission «Bla-Bla» et acheteuse pour le secteur jeunesse. Deux fonctions étroitement liées à la première. si le service semble «faire corps» autour de son «ancienne» responsable et se dit heureux d'être «distrait» de ses inquiétudes par la préparation de la prochaine téléportation de «Bla-Bla», dans un monde «virtuel», la question se pose de savoir «qui» la remplacera. Un(e) candidat(e) qui imprimera certainement sa marque sur un secteur dont «Bla-Bla» reste le fleuron. Et déjà certains se disent que la position «anti-pub» de la facétieuse image d'ordinateur -dont Marianne Nihon reste la productrice historique- n'est pas étrangère à ce désaveu... Dans un contexte où le débat sur la règle des 5 minutes (avant et après les émissions enfantines) se fait toujours plus pressant...

Reste encore l'épineuse question des achats de programmes... Une «lame de fond» semble pousser certains à la RTBF sur les terrains occupés par Club ou TF 1, au détriment de la production européenne et destinée aux plus petits, mise en avant jusqu'ici. Le risque? Marcher sur les pieds de la concurrence et «causer une solide envolée des prix», alors même que les audiences récentes de la case jeunesse n'ont jamais été aussi bonnes (régulièrement jusqu'à 25pc de parts de marché). Paradoxal...

© La Libre Belgique 2006