Ayant inauguré officiellement en France l’ère de la politique people, où la communication a pris le dessus sur l’information, Nicolas Sarkozy est un être aussi agaçant que fascinant. Et en termes d’image, l’un de ses coups de maître aura sans doute été son mariage avec Carla Bruni. Dernière pièce de ce travail de com’, voici donc le portrait de la Première dame de France, commandé à Marc Berdugo, un réalisateur au-dessus de tout soupçon (connu notamment pour son documentaire sur les guerres du pétrole en Irak diffusé sur Arte).

Car il s’agit bien ici d’un film de commande, d’un portrait officiel de Carla Bruni-Sarkozy qui ne peut s’empêcher de louer les qualités du mannequin reconverti en chanteuse reconvertie en épouse de président de la République. La faute ne revient d’ailleurs pas à la première intéressée, qui apparaît par moments vraiment spontanée, à défaut d’être réellement sincère. Ce qui dérange dans cette "Voie de Carla", c’est plutôt le ton utilisé, compassé, au point que l’on a plutôt l’impression de regarder "La voix de Carla". Ainsi, le commentaire ne s’interdit aucune formule convenue du genre : "La femme la plus scrutée, analysée, critiquée, admirée de France", "Elle a toujours utilisé son argent et sa réputation pour aider les autres " ou encore "Drôle, piquante, chaleureuse en privé ou en petit comité, timide, distante, inaccessible dès qu’elle apparaît en public." On sent bien que, contraint ou non, Marc Berdugo est tombé sous le charme de la belle, mettant en avant ses "bonnes œuvres" dans la lutte contre le sida ou pour les victimes du tremblement de terre de L’Aquila.

Carla Bruni, elle, se contente de jouer son rôle d’artiste ayant dû s’adapter à son nouveau milieu. Car "ce film raconte une métamorphose qui s’est écrite sous nos yeux, la naissance d’une Première dame." Laquelle y va donc de son petit refrain bien-pensant : "Je ne suis que la cerise sur le gâteau mais j’essaye d’être une belle cerise." "Quelque chose a basculé en moi depuis ces dernières années; je ne pense plus à moi." Et on en passe

Mais au-delà, se pose une autre question : a-t-on réellement envie d’entrer dans l’intimité du couple présidentiel ? Laquelle apparaît en effet le plus souvent forcée, jusqu’à sonner faux. Au point qu’on a finalement de la peine à croire que Carla Bruni et Nicolas Sarkozy forment un vrai couple, malgré les déclarations d’amour appuyées de Mme Sarkozy Si Giscard, Mitterrand ou Chirac avaient eu la pudeur de nous épargner ce triste spectacle, à l’heure de la pipolisation, l’exercice semblait cependant nécessaire pour le président actuel. Pas sûr qu’il en ressorte grandi cependant. Qu’à cela ne tienne, ça marche. Ce portrait de France 3 (qui le diffusera le 3 octobre) a déjà été acheté dans une douzaine de pays.