Qu’elles s’appellent "Le Gorafi", "Bilboquet magazine", "Culture Pute", "AgenceFrancePresque", "Veux Jidéo", ces contrefaçons ont toutes un point commun. Elles partagent des informations totalement fausses - quoique drôles - parfois prises au sérieux dans la précipitation. Culture, faits divers, international, sport, politique… Tous les domaines sont sujets aux scoops bidons, calembours, loufoqueries et au dévoiement.

Le phénomène n’est pas nouveau. De l’aveu du "Gorafi", "On n’a rien inventé". Transgression ludique inspirée de la littérature, le pastiche journalistique existe depuis la fin du XIXe siècle. "L’os à moelle" de Pierre Dac a ainsi précédé le groupe d’intervention culturelle "Jalons" et ses faux "Libération" (alias "L’Aberration"), "Figaro" ("Figagaro"), "Le Monde" ("Le Monstre), "Le Canard enchaîné" ("Le Cafard acharné") ou "Paris Match ("Pourri-moche"). "Infos du monde" (hebdomadaire qui annonçait régulièrement la présence d’extraterrestres dans le gouvernement d’Edouard Balladur) et "The Onion" (fondé en 1988 par deux étudiants américains), demeurent par ailleurs les deux références du site français "Le Gorafi".

Soupape de décompression

"Rien n’est sérieux, mais qu’est ce qu’on rigole !" Telle pourrait être la devise du "Gorafi". Créée en mai 2012 durant la campagne présidentielle française (sous la forme d’un fil Twitter), la marque est devenue un blog - puis un site Internet - particulièrement consulté.

D’après le quotidien "Libération", le site qui ne se sent "pas responsable de la crédulité des gens", revendiquait 700 000 visiteurs uniques par mois en 2014. Ses articles, largement relayés sur les réseaux sociaux, trouvent parfois un écho - très sérieux - dans la presse traditionnelle.

Récemment, SudPresse avait ainsi repris un article du "Le Gorafi", intitulé "Des sans-abri viennent en aide spontanément aux malheureux qui ont passé la nuit dehors pour acheter l’iPhone 6".

Objectif ? Rire. Véritable exutoire, le site parodique entend combattre la sinistrose de l’actualité. "Nordpresse" (le "cousin belge et demeuré du ‘Le Gorafi’", d’après son fondateur Vincent "Flibustier") joue par ailleurs le même rôle d’antidote quand il publie "Abu Miaou revendique également l’assassinat de Diesel, la chienne flic" en plein "BrusselsLockDown".

Prendre du recul

Bien malgré eux, ces sites créent toutefois la confusion et participent à une certaine forme de désinformation. N’y voyez aucune mauvaise intention. "Il ne s’agit pas de donner des leçons aux médias", assuraient les responsables du "Le Gorafi" à "20 Minutes.fr". Mais d’inviter les lecteurs à prendre du recul. […] C’est plutôt encourageant pour les journalistes car cela montre qu’ils ont un véritable rôle de médiateur."

En attendant, Pablo Mira et Sébastien Liebus publient un troisième volume de "L’année du Gorafi". S’y dégustent les meilleurs scoops bidon de l’année 2015 ainsi que quelques bonus sur le monde du journalisme (15,30 € chez Denoël).