Pourquoi, lorsque l'on est l'un des principaux hebdomadaires de France, tenter l'aventure Internet au quotidien? Pour disposer d'une vitrine interactive, assurément. Pour proposer une information complémentaire au support papier, en prise directe sur l'actualité ainsi qu'en parfaite symbiose avec l'hypermédia, manifestement. Pour capter un public plus large, également.

Les raisons sont multiples mais aucune, a priori, n'évacue complètement l'hiatus fondamental entre un travail d'information magazine effectué par des journalistes écrivains - marque de fabrique de l'hebdo parisien - et un travail journalistique en continu. Ce défi, «Le Nouvel Observateur», hebdo de gauche haut de gamme fondé en 1964, le relève depuis le 15 décembre 1999.

Le «quotidien permanent», tel qu'il est baptisé dans le bandeau de présentation du site, est le principal fer de lance du site portail du groupe «Nouvel Observateur». Il est le fruit d'une rédaction indépendante composée d'une dizaine de personnes. «Le site propose donc un contenu rédactionnel autonome, rivé en permanence à l'actualité et rédigé dans un style informatif, qui n'a rien à voir avec celui, très écrit, des articles de l'hebdomadaire. Nous privilégions l'info pour l'info, un peu à la façon des agences de presse», confirme Patrick Fiole, le rédacteur en chef du quotidien permanent. Pour cause, les articles du site s'abreuvent abondamment aux dépêches d'agences. Ce qui n'exclut nullement leur valorisation formelle, grâce à un rubricage étoffé, à une solide hiérarchisation, et à un enrichissement éditorial régulier, par la rédaction en chef de l'hebdomadaire. Les articles renvoient aussi à d'autres informations, par le biais de nombreux liens hypertextuels, notamment vers les articles publiés chaque semaine dans les colonnes de l'hebdo.

Plus grande réactivité

Ce traitement de l'information, à la fois sobre et éclaté, présente l'avantage de permettre une actualisation rapide et efficace du contenu - ce qui explique que la grande majorité de papiers ne sont pas signés. Patrick Fiole voit dans ce traitement un avantage par rapport aux sites des journaux:

«Les quotidiens organisent leurs sites en fonction des articles publiés dans leurs éditions papier. Pour notre part, nous partons de zéro et nous devons tout organiser à partir de ce rien. De ce fait, nous sommes beaucoup plus réactifs qu'eux sur l'information quotidienne». Entièrement gratuit, le portail «nouvelobs.com» devrait atteindre l'équilibre financier d'ici la fin de cette année et passer en mode «archives payantes» dans le courant 2004.

Crédité d'un trafic évalué à 1,4 million de visiteurs uniques, le site figure en première position (loin devant «L'Express») des sites d'information français lancés par des hebdomadaires. Un trafic dopé par l'arrivée du portail Google News (qui renvoie aux articles de près de 500 supports de presse francophones) «Ce portail a un effet de levier positif assez significatif sur la fréquentation du nôtre. C'est bienvenu. Au début, nous avions un déficit de notoriété sur l'actualité quotidienne, et c'était tout autre chose de faire savoir que l'hebdomadaire avait un prolongement permanent en ligne», raconte Christina Sourieau, la directrice des éditions électroniques du groupe.

Le relookage subi au printemps dernier, notamment avec la structuration de chaque rubrique en véritable «une» hiérarchisée, se poursuit. Ce lundi, le site accueille une rubrique «people». «Ce genre d'information intéresse tout le monde. Or jusqu'ici, la rubrique culture n'était pas vraiment appropriée puisque l'on y traite de sujets plus exigents», explique le rédacteur en chef. «Ce qui ne veut pas dire que nous allons traiter ces infos à la façon de «Voici». Il y a une manière propre de les aborder, notamment par le biais des personnes».

© La Libre Belgique 2003